<?xml version="1.0" encoding="iso-8859-1"?><rss version="2.0" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/" xmlns:admin="http://webns.net/mvcb/" xmlns:rdf="http://www.w3.org/1999/02/22-rdf-syntax-ns#" xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"><channel><link>http://blog.nyc.gayattitude.com/</link><title>NYC</title><description>NYC</description><dc:language>fr</dc:language><dc:rights>Copyright 2008</dc:rights><dc:date>2008-09-02T01:19:49+01:00</dc:date><admin:generatorAgent rdf:resource="http://www.gayattitude.com/" /><admin:errorReportsTo rdf:resource="mailto:webmaster@gayattitude.com"/><sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod><sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency><sy:updateBase>2000-01-01T12:00+00:00</sy:updateBase><item><title>Là j'avoue c'est  vraiment long, et que le début en plus.</title><link>http://blog.nyc.gayattitude.com/20080901233521/la-j-avoue-c-est-vraiment-long-et-que-le-debut-en-plus/</link><guid isPermaLink="true">http://blog.nyc.gayattitude.com/20080901233521/la-j-avoue-c-est-vraiment-long-et-que-le-debut-en-plus/</guid><description>Il était à peine neuf heures, mais déjà la rue de Rivoli commençait à se remplir, les trottoirs devenaient trop étroits. Les gens avançaient pour la plupart d'un pas rapide, tête baissée, courrant après un objectif qui leur était propre, ils se croisaient sans même se regarder, perdus dans leurs pensées. Un jeune homme au teint blafard n'hésita pas à bousculer une vieille femme qui visiblement n'avançait pas assez vite à son goût. C'était un jour ordinaires où les autres ne représentaient qu'une contrainte supplémentaire dans le déroulement pénible de sa journée. Au même instant une voiture emboutit un scooter surgissant de nulle part. Certains s'arrêtèrent pour regarder avec plus d'attention ce spectacle qui les distrairait brièvement de leur quotidien. Le vent frais qui s'engouffrait les amenait à se replier encore plus sur eux même, col relevé, menton rentré et épaules haussées. Ils étaient pour la plupart tous emmitouflés dans de larges manteaux, de lourdes écharpes, le mois de Février cette année était particulièrement froid. Parmi eux, un homme avançait en se démarquant légèrement de la foule. Agé d'une quarantaine d'années, les cheveux courts légèrement grisonnants au niveau des tempes, il était pourtant vêtu classiquement d'un costume strict à la coupe élégante, d'une fine écharpe en cachemire et tenait de la main droite une sacoche noire en cuir. Plutôt que par son allure, il se différenciait des autres par son attitude. Il marchait d'un pas franc énergique, contrairement aux autres qui semblaient s'évite, lui avait l'air prêt  leur marcher dessus ce qui était d'autant plus accentué par sa grande taille, environ 1m90. Tandis que les piétons regardaient le sol ou les vitrines encore plus aguicheuses qu'à l'accoutumée en cette période des soldes d'hiver, lui fixait droit devant lui d'un regard assuré et clair comme ses yeux. On avait l'impression que les gens s'écartaient sur son passage, comme si son assurance l'entourait d'un rempart invisible. Enfin il ralentit son allure puis s'engouffra dans un des immeubles de la rue, juste à côté d'un magasin de vêtements,  laissant les autres dans leur curieuse passivité. À côté de la lourde porte verte se trouvait une plaque en bronze fixée sur le mur sur laquelle était sobrement écrite en lettres noire ELC.

Eric Lachapelle pénétra dans l'ascenseur de verre et pressa le bouton inscrit d'un 6. L'immeuble entier appartenait à la société, le sixième étage était celui de la direction. Plus l'ascenseur s'élevait et plus à l'assurance de son visage se lisait une sorte d'excitation. Ce n'était pas une journée ordinaire. Après des mois et des mois d'efforts acharnés, son projet allait enfin le jour. Un projet d'une envergure sans précédent, qui allait reléguer tous les outils de communication et de marketing à une autre ère. La naissance d'A/MOR était imminente. Il songea à ses débuts, quand fraîchement diplômé d'une prestigieuse école de commerce parisienne, il avait été embauché par cette succursale d'une des plus grandes boîtes de communication américaine. Peu de personnes auraient visé dès le départ une entreprise d'une telle importance mais Eric n'avait jamais eu peur de ses ambitions. Son entretien d'embauche avait pris des allures de campagne publicitaire tant il avait réussi à se mettre en valeur en employant des mots forts et autres démonstrations montrant l'utilité qu'il pourrait avoir pour ses futurs employeurs dans le court temps qui lui était imparti. Il avait toujours su mettre en valeur le besoin des gens et leur donner de quoi le combler. Il effectua un parcours sans faute, notamment grâce idées créatives, parfois transgressives et surtout une assurance et une motivation inébranlables. Depuis quelques années déjà, il était devenu un des principaux associés de la branche française, mais il trouvait cela insuffisant, il ne comptait pas s'arrêter en si bon chemin. Communicator était une des boîtes de pub les plus courtisées, principalement grâce à ses résultats fulgurants et efficaces, même si les moyens pour y parvenir restaient quelquefois contestables. Ils avaient par exemple été les premiers, sous l'impulsion d'Eric, à recourir à l'utilisation d'images subliminales dans les spots publicitaires. Et alors ? D'ici moins de vingt quatre heure, ils s'apprêtaient à balayer les derniers tabous dans le domaine du commercial, pour développer un outil marketing d'une efficacité jamais encore atteinte, ni même envisagée. Il esquissa un léger sourire de contentement quand les portes de l'ascenseur s'ouvrirent.
Il entra dans son bureau et s'assit dans un confortable fauteuil de cuir noir.  Certaines familles s'efforçaient de survivre dans un vingt mètres, c'était la surface de son bureau, quoique ces derniers mois il avait plutôt eu l'impression d'y vivre. La décoration était simple, moderne, aucune autre couleur que le blanc et le noir. Cette atmosphère froide et impersonnelle lui permettait de mieux se concentrer. Il effleura brièvement son alliance. Il lui arrivait presque d'oublier qu'il était marié par moment tant son travail l'accaparait. Mais c'était son choix, sa vie de couple n'avait jamais été une de ses priorités et elle lui suffisait largement sans qu'il n'ait besoin de s'y investir davantage.

- Bonjour M. Lachapelle. Tout le monde est prêt, la réunion débutera dans vingt-cinq minutes dans la grande salle. 
Merci Sarah répondit il tandis que la jeune femme lui déposait une tasse de café et les derniers compte rendus sur son bureau revêtu d'un cuir noir. 
- Autre chose ?
- Non ça ira... Si allez juste vérifier que les plaquettes sont bien installées dans la salle de la réunion, je n'ai pas envie de prendre un quart d'heure à les retrouver comme la dernière  fois.
Tandis que la jeune femme s'éloignait, le regard d'Eric s'attarde sur l'agréable relief que dessinaient ses fesses dans sa jupe rouge. Bergan lui avait trouvé Sarah, il y avait trois mois depuis que sa précédente assistante avait fait la connerie de tomber enceinte, et pour le coup il ne s'était pas planté. Elle était d'une efficacité remarquable, Eric se demandait même si elle ne lisait pas dans ses pensées par moments, tant elle agissait de manière autonome. C'était ce qu'Eric attendait d'une assistante, combler ses besoins avant même qu'il n'ait besoin de les exprimer ni même de les ressentir. Et Sarah y parvenait à merveille. De plus c'était une belle femme. De longs cheveux bruns, une bouche dessinée, des courbes gracieuses, et une poitrine généreuse, tout ce qui lui plaisait. Elle était à l'image de ses working girls new-yorkaises très en vogue actuellement, mais en gardant sur son visage une douceur et un mystère si typique des parisiennes. Pourtant son expérience professionnelle était plus que limitée Elle avait eu du mal à trouver sa voie avait elle expliqué à Bergan lors de son entretien, mais ce dernier avait quand même pris le risque de l'embaucher, flairant que cette fille avait un potentiel plus qu'alléchant. Hélas elle ne semblait pas très ouverte à l'idée d'une promotion canapé comme certaines de ses prédecesseuses qui n'avaient pas hésité à écarter les jambes sans même qu'il demande quoi que soit. Il n'était pas con au point de foutre en l'air sa carrière pour une sordide histoire de harcèlement sexuel, mais le pouvoir suffisait généralement pour que les femmes viennent d'elles-mêmes sans rien avoir à provoquer, mais Sarah ne semblait pas être de ces femmes-là. Dommage songea Eric en relisant le rapport de la dernière campagne de pub pour une grande marque de cosmétique. 

C'était évidemment un nouveau succès. Sortir un nouveau de fond de teint sur le marché avait été délicat. Depuis la multiplication des produits, il devenait de plus en plus délicat de s'imposer. Et  pourtant. Alors que les campagnes classiques prônaient un message du genre « avec notre produit, vous serez plus belles », Communicator avait adopté une démarche bien plus agressive véhiculant l'idée que « sans ce fond de teint vous ne serez rien». c'était toute la ligne directrice de leurs dernières campagnes, au lieu de montrer que l'objet pouvait embellir la vie des gens, on leur faisait croire que sans lui, la vie n'avait pas de sens. Créer le manque pour vendre était d'une efficacité redoutable. Ainsi le slogan « Ayez enfin une peau » avait été un carton notamment grâce à une mise en scène astucieuse, alors que d'autres se seraient contentés d'un simple « Sublimez votre teint » ou autre flatterie pathétique. Cela n'avait pas toujours été facile, notamment aux débuts. Les clients avaient du mal avec l'idée que l'on vienne casser l'image de leurs consommateurs. Alors qu'habituellement on les sublimait, avec notre produit vous deviendrez quelqu'un d'exceptionnel, le message de Communicator était plus violent, avec ce produit vous serez au moins comme les autres, mais sans ce produit vous n'êtes rien. Le besoin primaire des gens n'était pas de s'individualiser, mais au contraire de s'intégrer. Ils n'étaient pas à la recherche d'une identité qui leur soit propre, mais d'une identité conforme à des critères qu'on leur avait inculqué depuis leurs plus jeunes années. Dans une société devenue si conformiste, il ne servait à rien de tenter de les mettre en marge mais au contraire de les y intégrer. Jouer sur la peur de solitude et de marginalisation des consommateurs. Cela aurait été sans doute impossible une quarantaine d'années plus tôt, mais à présent les gens étaient prêts à avaler n'importe quoi. Le sentiment de solitude s'était particulièrement accru, notamment grâce à Internet et ses pseudos relations informatisées. Ils se confortaient alors dans une vie sociale virtuelle, mais au final, ils restaient seuls, ils avaient créé eux-mêmes le manque. L'essor de la téléralité avait été un autre indicateur. Les gens regardaient vivre les autres avec grand intérêt même si ces derniers se contentaient de s'emmerder dans un loft aux couleurs criardes et à la déco Ikéa. Il ne se passait strictement rien, pourtant les téléspectateurs les regardaient avec envie, un peu comme le petit obèse à lunettes au collège regarde de loin le groupe des rebelles de sa classe fumer leurs premiers joints. On jouait sur le besoin d'intégration des gens, et la télévision le leur avait donné en leur permettant de voter pour savoir qui restait et qui partait, leur permettant ainsi de participer indirectement à la vie sociale de tout ce petit groupe qu'il suivait quotidiennement. Les gens avaient développé une si faible estime d'eux-mêmes qu'il était maintenant possible de les assimiler à des sous-merdes s'ils n'utilisaient pas le produit qu'on voulait leur vendre, ils étaient devenus si seuls qu'ils étaient prêts à entendre n'importe quoi du moment qu'on leur promettait de les insérer dans la société, de les rendre comme les autres. Un autre exemple d'Internet avait été l'engouement des gens pour participer à des réseaux virtuels, Facebook, Myspace, 2nd Life, bénéficiaient d'un succès incroyable. Ils permettaient d'appartenir à une communauté, de se sentir en quelque sorte citoyen au sein d'une population virtuelle. Il est vrai que les codes de la société réelle avaient évolué d'une telle manière qu'il devenait de plus en plus difficile de s'y sentir intégré. Par exemple sur le plan physique, les standards dictés par l'industrie de la mode avaient tellement été intégrés qu'à moins d'être anorexique ou bodybuildé vous vous sentiez déjà en marge de la société. Il en était de même de la réussite sociale, avec l'essor des tremplins comme la Star Academy ou la Nouvelle Star, tout le monde devenait célèbre, ce n'était plus considéré comme un privilège mais plus comme une normalité. Là encore, si vous ne l'étiez pas, c'est vous qui étiez exclus. 

	Ainsi, il n'avait pas fallu beaucoup de temps pour que la démarche marketing de Communicator ne prouve son efficacité et son public, elle était alors devenue une référence dans le domaine de la communication et les budgets alloués à chaque campagne de pub atteignaient maintenant des sommes astronomiques. Du jamais vu ! La qualité avait un prix. Hélas les concurrents ne tardèrent pas à s'emparer de ces idées, d'abord frileux ils étaient devenus envieux devant le succès rencontré et n'hésitèrent pas à mettre de côté leur politiquement correct pour rentrer également dans un message agressif et culpabilisateur.On ne brossait plus le consommateur dans le sens du poil, au contraire on n'hésitait pas à l'engueuler. Il était hors de question que Communicator se fasse bouffer son marché par de pâles imitateurs, Eric avait donc décidé de frapper encore plus fort en lançant le projet A.M.O.R., tellement subversif qu'il ne risquait pas d'être rattrapé de sitôt. Le statut de leadership de Communicator allait être installé pour de longues  années, il en était persuadé, sa boîte allait prendre une longueur d'avance inconcevable. Tous les standards de la publicité allaient être balayés. Il sentait, on arrivait à l'épuisement de la mécanique, c'est ainsi que le projet s'était mis en place, non pas en reprenant et en affinant un schéma fait et refait, mais en adoptant une approche entièrement différente, n'hésitant à renverser les derniers à priori dans lesquels le système s'était embourbé. Plus qu'une révolution, c'était carrément une renaissance. Eric jeta un œil sur sa Rolex, il était temps de l'ultime réunion avant le coup d'envoi du projet. Dès demain, il allait priver les gens d'amour.



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Le cri strident du réveil déchira le silence de ma nuit. 7 :00 clignotait en caractères rouges, comme un rappel marqué de sang dans l'obscurité de la pièce. Je n'avais jamais aimé les réveil-matins, et encore moins les réveils. Particulièrement celui là. Une migraine m'encerclait le crâne, le moindre mouvement réveillait une douleur comme une compression dans mon front. J'avais la bouche sèche, pâteuse, j'avais soif, j'avais encore trop bu. En plus de reliquats alcooliques de la veille, quelque chose d'autre me perturbait, je ne savais pas quoi, mais il y avait un truc qui ne collait pas, d'inhabituel, en trop. Comme une présence excédentaire. Celle-ci ne tarda pas à se manifester. On m'encercla. Un bras. Je reprenais peu à peu conscience et perçus alors la respiration de l'autre. Il ne dormait plus, j'en étais persuadé à l'irrégularité de son souffle. L'étau se resserra un peu plus fort autour de ma taille, la douleur dans mon crâne s'exacerba. Alors que je tentais de me dégager, la prise se fit plus assurée, plus ferme. Les évènements de la veille me revenaient en mémoire.

 Ce verre qui en avait suivi un autre, qui lui même était la continuité du précédent, j'avais alors du le ramasser dans un bar, à moitié ivre mort et ne voulant pas rentrer seul, comme cela m'arrivait souvent. Mais dans quel bar ? Et à quoi ressemblait l'autre? Impossible de m'en rappeler. Je tentais de distinguer son visage mais la pénombre était trop profonde. J'avais le sentiment que lui aussi m'observait, me guettait. Est ce que  lui aussi ne se souvenait pas de la veille ? Il n'avait pas l'air plus perturbé que ça, j'avais même l'intuition à sa respiration et à la façon dont il me touchait qu'il était content. Sa main devenait plus insistante, plus enhardie. Je me détournai un peu brusquement et allumai la lumière. Effectivement l'autre m'observait, il avait les yeux déjà ouverts, et comme j'avais pu le présumer, il avait l'air heureux Il n'était pas beau, pas complètement laid non plus, quelconque, insipide. Je me rappelais maintenant être rentré avec lui, avoir passé ma soirée à l'emballer sur la piste de danse quasi déserte avant la fermeture, par contre impossible de me rappeler comment nous avions pu nous aborder. Ni comment il s'appelait, ni même si nous nous étions présentés d'ailleurs. « Bonjour Jérémie «  me lança-il comme une bribe de réponse à mes interrogations. Nous avions donc fait les présentations, mais je n'étais pas plus avancé sur son prénom. C'est alors qu'il commença à s'approcher dangereusement, ses lèvres surtout. Je sortais des restes de mon sommeil immédiatement, me retournai et me levai pour esquiver l'assaut soudain. 

« Ca va ? Bien dormi » s'enquit il
« Un peu court à mon goût, mal au crâne » marmonnai je. « Et je vais être à la bourre » m'empressais- je d'ajouter pour l'orienter sur la voie du départ. Mais l'autre ne semblait pas comprendre et tendit un bras vers moi comme pour m'attirer à nouveau vers lui. Quel âge pouvait-il avoir. Il avait ce type de visage si quelconque qu'on n'arrivait pas à lui en donner vraiment. Vingt-cinq ? Trente ? Trente-cinq ? Il avait plutôt le corps de quelqu'un de vingt-cinq ans, un peu maigre, un peu adolescent. Décidément l'alcool altérait mes capacités de jugement et mon sens du bon goût, je devais être bien attaqué pour l'avoir ramené. Il ne ressemblait en rien au type de mec que j'appréciais. Mal foutu, long et mince, les cheveux blonds, et la peau pâle, je me demandais comment ma libido avait pu être stimulée la nuit dernière. Puis il n'avait pas l'air d'être une lumière, avec ses yeux clairs grands ouverts, ce regard naïf, un peu abruti et sa voix nasillarde.
« Il va falloir que tu y ailles, je dois être parti dans trente minutes maximum » retentai-je. Il semblait commencer à percuter, et se leva du lit, mais à nouveau il s'approcha de moi et m'encercla de ses bras. « Vingt-cinq minutes «  ajoutais-je alors, essayant d'être un peu plus clair. 
-	Ok, ok, tu me passes une serviette ?
-	Je suis vraiment désolé, mais je pense que tu ne vas pas avoir le temps de prendre une douche, je suis vraiment en retard.
Un éclair de lucidité sembla passer dans son regard, il me libéra de ses bras, m'observa quelques secondes et ramassa ses affaires éparpillées sur le plancher. Il avait compris. J'allumais une cigarette tandis qu'il se rhabillait, pas assez vite à mon goût. Alors que je le raccompagnais à la porte, il repassa malgré tout à l'attaque. Il sortit son téléphone de la poche intérieure de sa veste, en s'arrêtant sur le palier.

-	Tu me laisses ton numéro ?
-	Bonne journée, rentre bien. 
Et j'adressais un sourire poli à l'autre en refermant la porte derrière lui. J'entendis le rappel du radio-réveil, je retournai dans la chambre pour l'éteindre et m'allongeais sur mon lit tirant une bouffée enfumée sur ma cigarette. Je ne travaillais pas aujourd'hui, j'étais en vacances pour la semaine. Finalement ce n'était pas une si mauvaise chose d'avoir oublié de désactiver mon alarme, cela avait simplifié les choses.
Je repensais à l'autre, j'en étais arrivé à un point où je ne me souciais plus de connaître le nom de mes partenaires d'une nuit, et d'un côté je commençais à trouver cela pathétique. Je ne sais pas vraiment comment j'avais pu en arriver à là, à vingt-huit ans, complètement méprisant du genre humain. Je ne me reconnaissais pas forcément dans ce personnage, Je me revoyais dix années en arrière, un peu fleur bleue, romantique, peut être même trop. Mais cette part de moi existait encore, simplement elle ne parvenait plus à s'exprimer. Bien évidemment j'avais envie de rencontrer quelqu'un, d'une relation stable, mais je n'y arrivais pas. Mais étais ce de ma faute, je commençais plutôt à me persuader que c'était la faute des autres. Je ne trouvais personne qui ne me plaise, du coup j'avais constamment l'impression que la balance était déséquilibrée. Je comblais mon partenaire, mais j'avais  quoi en retour ? C'est pour cette raison que mes histoires quand elles dépassaient une nuit, atteignaient rarement le cap des trois semaines, tant l'inconfort de la situation m'était insupportable.

Comme avec ce mec, Julien, avec qui j'étais sorti le mois dernier. Au départ, j'étais vraiment emballé, mais vraiment, et ce malgré quelques petites imperfections. La première semaine s'était passée à merveille. Je l'avais rencontré en boîte un samedi soir, et  nous avions passé toute la journée de dimanche au lit. Nous avions ensuite dîné ensemble deux jours après, le repas s'était particulièrement bien passé, le nuit qui le suivit également. Des centres d'intérêt en commun, beaucoup d'humour et déjà une certaine complicité malgré le côté très récent de l'affaire. Nous répétâmes l'expérience deux jours après avec le même succès. Mais à partir de la deuxième semaine, ces défauts commençaient à m'apparaître comme omniprésents, ils occupaient toute la  place du personnage. De son côté, Julien paraissait plus que ravi de notre relation. Le fait de le voir apparemment comblé, tandis que je ne l'étais pas, me frustrait davantage, je n'allais pas rester avec lui simplement parce qu'il se sentait bien avec moi, il fallait aussi que je pense à moi. Ainsi cette brève aventure se termina au bout du quinzième jour. Et cela se passait  à peu près tout le temps de la même manière. Je ne trouvais personne qui ne puisse m'apporter ce que je désirais vraiment.

Une fois douché et habillé, je décidais de laver les draps pour chasser l'odeur de l'autre. Quelquefois je m surprenais à songer qu'un autre matin serait possible. Je réfléchissais à ce j'allais faire de ma journée. Je n'aimais pas mon boulot de comptable et j'avais vraiment eu besoin de cette semaine de vacances avant de devenir complètement dingue. C'est épuisant de passer sa journée à faire quelque chose que l'on n'aime pas. Mais maintenant que j'y étais je me demandais ce que j'allais faire de cette semaine ,j'aurais mieux fait de partir. J'irais faire les magasins cette après-midi. J'aimais bien les vêtements. Je crois surtout que j'aimais plaire d'une manière plus générale, c'était un besoin pour moi. Me voir dans le regard de l'autre. Je refermais la porte du lave-linge et lançait un cycle de lavage à 60°C, pour effacer les traces de la veille dans mon appartement. « Et dans mon esprit » je souhaitais.




</description><content:encoded><![CDATA[Il était à peine neuf heures, mais déjà la rue de Rivoli commençait à se remplir, les trottoirs devenaient trop étroits. Les gens avançaient pour la plupart d’un pas rapide, tête baissée, courrant après un objectif qui leur était propre, ils se croisaient sans même se regarder, perdus dans leurs pensées. Un jeune homme au teint blafard n’hésita pas à bousculer une vieille femme qui visiblement n’avançait pas assez vite à son goût. C’était un jour ordinaires où les autres ne représentaient qu’une contrainte supplémentaire dans le déroulement pénible de sa journée. Au même instant une voiture emboutit un scooter surgissant de nulle part. Certains s’arrêtèrent pour regarder avec plus d’attention ce spectacle qui les distrairait brièvement de leur quotidien. Le vent frais qui s’engouffrait les amenait à se replier encore plus sur eux même, col relevé, menton rentré et épaules haussées. Ils étaient pour la plupart tous emmitouflés dans de larges manteaux, de lourdes écharpes, le mois de Février cette année était particulièrement froid. Parmi eux, un homme avançait en se démarquant légèrement de la foule. Agé d’une quarantaine d’années, les cheveux courts légèrement grisonnants au niveau des tempes, il était pourtant vêtu classiquement d’un costume strict à la coupe élégante, d’une fine écharpe en cachemire et tenait de la main droite une sacoche noire en cuir. Plutôt que par son allure, il se différenciait des autres par son attitude. Il marchait d’un pas franc énergique, contrairement aux autres qui semblaient s’évite, lui avait l’air prêt  leur marcher dessus ce qui était d’autant plus accentué par sa grande taille, environ 1m90. Tandis que les piétons regardaient le sol ou les vitrines encore plus aguicheuses qu’à l’accoutumée en cette période des soldes d’hiver, lui fixait droit devant lui d’un regard assuré et clair comme ses yeux. On avait l’impression que les gens s’écartaient sur son passage, comme si son assurance l’entourait d’un rempart invisible. Enfin il ralentit son allure puis s’engouffra dans un des immeubles de la rue, juste à côté d’un magasin de vêtements,  laissant les autres dans leur curieuse passivité. À côté de la lourde porte verte se trouvait une plaque en bronze fixée sur le mur sur laquelle était sobrement écrite en lettres noire ELC.<br />
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Eric Lachapelle pénétra dans l’ascenseur de verre et pressa le bouton inscrit d’un 6. L’immeuble entier appartenait à la société, le sixième étage était celui de la direction. Plus l’ascenseur s’élevait et plus à l’assurance de son visage se lisait une sorte d’excitation. Ce n’était pas une journée ordinaire. Après des mois et des mois d’efforts acharnés, son projet allait enfin le jour. Un projet d’une envergure sans précédent, qui allait reléguer tous les outils de communication et de marketing à une autre ère. La naissance d’A/MOR était imminente. Il songea à ses débuts, quand fraîchement diplômé d’une prestigieuse école de commerce parisienne, il avait été embauché par cette succursale d’une des plus grandes boîtes de communication américaine. Peu de personnes auraient visé dès le départ une entreprise d’une telle importance mais Eric n’avait jamais eu peur de ses ambitions. Son entretien d’embauche avait pris des allures de campagne publicitaire tant il avait réussi à se mettre en valeur en employant des mots forts et autres démonstrations montrant l’utilité qu’il pourrait avoir pour ses futurs employeurs dans le court temps qui lui était imparti. Il avait toujours su mettre en valeur le besoin des gens et leur donner de quoi le combler. Il effectua un parcours sans faute, notamment grâce idées créatives, parfois transgressives et surtout une assurance et une motivation inébranlables. Depuis quelques années déjà, il était devenu un des principaux associés de la branche française, mais il trouvait cela insuffisant, il ne comptait pas s’arrêter en si bon chemin. Communicator était une des boîtes de pub les plus courtisées, principalement grâce à ses résultats fulgurants et efficaces, même si les moyens pour y parvenir restaient quelquefois contestables. Ils avaient par exemple été les premiers, sous l’impulsion d’Eric, à recourir à l’utilisation d’images subliminales dans les spots publicitaires. Et alors ? D’ici moins de vingt quatre heure, ils s’apprêtaient à balayer les derniers tabous dans le domaine du commercial, pour développer un outil marketing d’une efficacité jamais encore atteinte, ni même envisagée. Il esquissa un léger sourire de contentement quand les portes de l’ascenseur s’ouvrirent.<br />
Il entra dans son bureau et s’assit dans un confortable fauteuil de cuir noir.  Certaines familles s’efforçaient de survivre dans un vingt mètres, c’était la surface de son bureau, quoique ces derniers mois il avait plutôt eu l’impression d’y vivre. La décoration était simple, moderne, aucune autre couleur que le blanc et le noir. Cette atmosphère froide et impersonnelle lui permettait de mieux se concentrer. Il effleura brièvement son alliance. Il lui arrivait presque d’oublier qu’il était marié par moment tant son travail l’accaparait. Mais c’était son choix, sa vie de couple n’avait jamais été une de ses priorités et elle lui suffisait largement sans qu’il n’ait besoin de s’y investir davantage.<br />
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- Bonjour M. Lachapelle. Tout le monde est prêt, la réunion débutera dans vingt-cinq minutes dans la grande salle. <br />
Merci Sarah répondit il tandis que la jeune femme lui déposait une tasse de café et les derniers compte rendus sur son bureau revêtu d’un cuir noir. <br />
- Autre chose ?<br />
- Non ça ira... Si allez juste vérifier que les plaquettes sont bien installées dans la salle de la réunion, je n’ai pas envie de prendre un quart d’heure à les retrouver comme la dernière  fois.<br />
Tandis que la jeune femme s’éloignait, le regard d’Eric s’attarde sur l’agréable relief que dessinaient ses fesses dans sa jupe rouge. Bergan lui avait trouvé Sarah, il y avait trois mois depuis que sa précédente assistante avait fait la connerie de tomber enceinte, et pour le coup il ne s’était pas planté. Elle était d’une efficacité remarquable, Eric se demandait même si elle ne lisait pas dans ses pensées par moments, tant elle agissait de manière autonome. C’était ce qu’Eric attendait d’une assistante, combler ses besoins avant même qu’il n’ait besoin de les exprimer ni même de les ressentir. Et Sarah y parvenait à merveille. De plus c’était une belle femme. De longs cheveux bruns, une bouche dessinée, des courbes gracieuses, et une poitrine généreuse, tout ce qui lui plaisait. Elle était à l’image de ses working girls new-yorkaises très en vogue actuellement, mais en gardant sur son visage une douceur et un mystère si typique des parisiennes. Pourtant son expérience professionnelle était plus que limitée Elle avait eu du mal à trouver sa voie avait elle expliqué à Bergan lors de son entretien, mais ce dernier avait quand même pris le risque de l’embaucher, flairant que cette fille avait un potentiel plus qu’alléchant. Hélas elle ne semblait pas très ouverte à l’idée d’une promotion canapé comme certaines de ses prédecesseuses qui n’avaient pas hésité à écarter les jambes sans même qu’il demande quoi que soit. Il n’était pas con au point de foutre en l’air sa carrière pour une sordide histoire de harcèlement sexuel, mais le pouvoir suffisait généralement pour que les femmes viennent d’elles-mêmes sans rien avoir à provoquer, mais Sarah ne semblait pas être de ces femmes-là. Dommage songea Eric en relisant le rapport de la dernière campagne de pub pour une grande marque de cosmétique. <br />
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C’était évidemment un nouveau succès. Sortir un nouveau de fond de teint sur le marché avait été délicat. Depuis la multiplication des produits, il devenait de plus en plus délicat de s’imposer. Et  pourtant. Alors que les campagnes classiques prônaient un message du genre « avec notre produit, vous serez plus belles », Communicator avait adopté une démarche bien plus agressive véhiculant l’idée que « sans ce fond de teint vous ne serez rien». c’était toute la ligne directrice de leurs dernières campagnes, au lieu de montrer que l’objet pouvait embellir la vie des gens, on leur faisait croire que sans lui, la vie n’avait pas de sens. Créer le manque pour vendre était d’une efficacité redoutable. Ainsi le slogan « Ayez enfin une peau » avait été un carton notamment grâce à une mise en scène astucieuse, alors que d’autres se seraient contentés d’un simple « Sublimez votre teint » ou autre flatterie pathétique. Cela n’avait pas toujours été facile, notamment aux débuts. Les clients avaient du mal avec l’idée que l’on vienne casser l’image de leurs consommateurs. Alors qu’habituellement on les sublimait, avec notre produit vous deviendrez quelqu’un d’exceptionnel, le message de Communicator était plus violent, avec ce produit vous serez au moins comme les autres, mais sans ce produit vous n’êtes rien. Le besoin primaire des gens n’était pas de s’individualiser, mais au contraire de s’intégrer. Ils n’étaient pas à la recherche d’une identité qui leur soit propre, mais d’une identité conforme à des critères qu’on leur avait inculqué depuis leurs plus jeunes années. Dans une société devenue si conformiste, il ne servait à rien de tenter de les mettre en marge mais au contraire de les y intégrer. Jouer sur la peur de solitude et de marginalisation des consommateurs. Cela aurait été sans doute impossible une quarantaine d’années plus tôt, mais à présent les gens étaient prêts à avaler n’importe quoi. Le sentiment de solitude s’était particulièrement accru, notamment grâce à Internet et ses pseudos relations informatisées. Ils se confortaient alors dans une vie sociale virtuelle, mais au final, ils restaient seuls, ils avaient créé eux-mêmes le manque. L’essor de la téléralité avait été un autre indicateur. Les gens regardaient vivre les autres avec grand intérêt même si ces derniers se contentaient de s’emmerder dans un loft aux couleurs criardes et à la déco Ikéa. Il ne se passait strictement rien, pourtant les téléspectateurs les regardaient avec envie, un peu comme le petit obèse à lunettes au collège regarde de loin le groupe des rebelles de sa classe fumer leurs premiers joints. On jouait sur le besoin d’intégration des gens, et la télévision le leur avait donné en leur permettant de voter pour savoir qui restait et qui partait, leur permettant ainsi de participer indirectement à la vie sociale de tout ce petit groupe qu’il suivait quotidiennement. Les gens avaient développé une si faible estime d’eux-mêmes qu’il était maintenant possible de les assimiler à des sous-merdes s’ils n’utilisaient pas le produit qu’on voulait leur vendre, ils étaient devenus si seuls qu’ils étaient prêts à entendre n’importe quoi du moment qu’on leur promettait de les insérer dans la société, de les rendre comme les autres. Un autre exemple d’Internet avait été l’engouement des gens pour participer à des réseaux virtuels, Facebook, Myspace, 2nd Life, bénéficiaient d’un succès incroyable. Ils permettaient d’appartenir à une communauté, de se sentir en quelque sorte citoyen au sein d’une population virtuelle. Il est vrai que les codes de la société réelle avaient évolué d’une telle manière qu’il devenait de plus en plus difficile de s’y sentir intégré. Par exemple sur le plan physique, les standards dictés par l’industrie de la mode avaient tellement été intégrés qu’à moins d’être anorexique ou bodybuildé vous vous sentiez déjà en marge de la société. Il en était de même de la réussite sociale, avec l’essor des tremplins comme la Star Academy ou la Nouvelle Star, tout le monde devenait célèbre, ce n’était plus considéré comme un privilège mais plus comme une normalité. Là encore, si vous ne l’étiez pas, c’est vous qui étiez exclus. <br />
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	Ainsi, il n’avait pas fallu beaucoup de temps pour que la démarche marketing de Communicator ne prouve son efficacité et son public, elle était alors devenue une référence dans le domaine de la communication et les budgets alloués à chaque campagne de pub atteignaient maintenant des sommes astronomiques. Du jamais vu ! La qualité avait un prix. Hélas les concurrents ne tardèrent pas à s’emparer de ces idées, d’abord frileux ils étaient devenus envieux devant le succès rencontré et n’hésitèrent pas à mettre de côté leur politiquement correct pour rentrer également dans un message agressif et culpabilisateur.On ne brossait plus le consommateur dans le sens du poil, au contraire on n’hésitait pas à l’engueuler. Il était hors de question que Communicator se fasse bouffer son marché par de pâles imitateurs, Eric avait donc décidé de frapper encore plus fort en lançant le projet A.M.O.R., tellement subversif qu’il ne risquait pas d’être rattrapé de sitôt. Le statut de leadership de Communicator allait être installé pour de longues  années, il en était persuadé, sa boîte allait prendre une longueur d’avance inconcevable. Tous les standards de la publicité allaient être balayés. Il sentait, on arrivait à l’épuisement de la mécanique, c’est ainsi que le projet s’était mis en place, non pas en reprenant et en affinant un schéma fait et refait, mais en adoptant une approche entièrement différente, n’hésitant à renverser les derniers à priori dans lesquels le système s’était embourbé. Plus qu’une révolution, c’était carrément une renaissance. Eric jeta un œil sur sa Rolex, il était temps de l’ultime réunion avant le coup d’envoi du projet. Dès demain, il allait priver les gens d’amour.<br />
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Le cri strident du réveil déchira le silence de ma nuit. 7 :00 clignotait en caractères rouges, comme un rappel marqué de sang dans l’obscurité de la pièce. Je n’avais jamais aimé les réveil-matins, et encore moins les réveils. Particulièrement celui là. Une migraine m’encerclait le crâne, le moindre mouvement réveillait une douleur comme une compression dans mon front. J’avais la bouche sèche, pâteuse, j’avais soif, j’avais encore trop bu. En plus de reliquats alcooliques de la veille, quelque chose d’autre me perturbait, je ne savais pas quoi, mais il y avait un truc qui ne collait pas, d’inhabituel, en trop. Comme une présence excédentaire. Celle-ci ne tarda pas à se manifester. On m’encercla. Un bras. Je reprenais peu à peu conscience et perçus alors la respiration de l’autre. Il ne dormait plus, j’en étais persuadé à l’irrégularité de son souffle. L’étau se resserra un peu plus fort autour de ma taille, la douleur dans mon crâne s’exacerba. Alors que je tentais de me dégager, la prise se fit plus assurée, plus ferme. Les évènements de la veille me revenaient en mémoire.<br />
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 Ce verre qui en avait suivi un autre, qui lui même était la continuité du précédent, j’avais alors du le ramasser dans un bar, à moitié ivre mort et ne voulant pas rentrer seul, comme cela m’arrivait souvent. Mais dans quel bar ? Et à quoi ressemblait l’autre? Impossible de m’en rappeler. Je tentais de distinguer son visage mais la pénombre était trop profonde. J’avais le sentiment que lui aussi m’observait, me guettait. Est ce que  lui aussi ne se souvenait pas de la veille ? Il n’avait pas l’air plus perturbé que ça, j’avais même l’intuition à sa respiration et à la façon dont il me touchait qu’il était content. Sa main devenait plus insistante, plus enhardie. Je me détournai un peu brusquement et allumai la lumière. Effectivement l’autre m’observait, il avait les yeux déjà ouverts, et comme j’avais pu le présumer, il avait l’air heureux Il n’était pas beau, pas complètement laid non plus, quelconque, insipide. Je me rappelais maintenant être rentré avec lui, avoir passé ma soirée à l’emballer sur la piste de danse quasi déserte avant la fermeture, par contre impossible de me rappeler comment nous avions pu nous aborder. Ni comment il s’appelait, ni même si nous nous étions présentés d’ailleurs. « Bonjour Jérémie «  me lança-il comme une bribe de réponse à mes interrogations. Nous avions donc fait les présentations, mais je n’étais pas plus avancé sur son prénom. C’est alors qu’il commença à s’approcher dangereusement, ses lèvres surtout. Je sortais des restes de mon sommeil immédiatement, me retournai et me levai pour esquiver l’assaut soudain. <br />
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« Ca va ? Bien dormi » s’enquit il<br />
« Un peu court à mon goût, mal au crâne » marmonnai je. « Et je vais être à la bourre » m’empressais- je d’ajouter pour l’orienter sur la voie du départ. Mais l’autre ne semblait pas comprendre et tendit un bras vers moi comme pour m’attirer à nouveau vers lui. Quel âge pouvait-il avoir. Il avait ce type de visage si quelconque qu’on n’arrivait pas à lui en donner vraiment. Vingt-cinq ? Trente ? Trente-cinq ? Il avait plutôt le corps de quelqu’un de vingt-cinq ans, un peu maigre, un peu adolescent. Décidément l’alcool altérait mes capacités de jugement et mon sens du bon goût, je devais être bien attaqué pour l’avoir ramené. Il ne ressemblait en rien au type de mec que j’appréciais. Mal foutu, long et mince, les cheveux blonds, et la peau pâle, je me demandais comment ma libido avait pu être stimulée la nuit dernière. Puis il n’avait pas l’air d’être une lumière, avec ses yeux clairs grands ouverts, ce regard naïf, un peu abruti et sa voix nasillarde.<br />
« Il va falloir que tu y ailles, je dois être parti dans trente minutes maximum » retentai-je. Il semblait commencer à percuter, et se leva du lit, mais à nouveau il s’approcha de moi et m’encercla de ses bras. « Vingt-cinq minutes «  ajoutais-je alors, essayant d’être un peu plus clair. <br />
-	Ok, ok, tu me passes une serviette ?<br />
-	Je suis vraiment désolé, mais je pense que tu ne vas pas avoir le temps de prendre une douche, je suis vraiment en retard.<br />
Un éclair de lucidité sembla passer dans son regard, il me libéra de ses bras, m’observa quelques secondes et ramassa ses affaires éparpillées sur le plancher. Il avait compris. J’allumais une cigarette tandis qu’il se rhabillait, pas assez vite à mon goût. Alors que je le raccompagnais à la porte, il repassa malgré tout à l’attaque. Il sortit son téléphone de la poche intérieure de sa veste, en s’arrêtant sur le palier.<br />
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-	Tu me laisses ton numéro ?<br />
-	Bonne journée, rentre bien. <br />
Et j’adressais un sourire poli à l’autre en refermant la porte derrière lui. J’entendis le rappel du radio-réveil, je retournai dans la chambre pour l’éteindre et m’allongeais sur mon lit tirant une bouffée enfumée sur ma cigarette. Je ne travaillais pas aujourd’hui, j’étais en vacances pour la semaine. Finalement ce n’était pas une si mauvaise chose d’avoir oublié de désactiver mon alarme, cela avait simplifié les choses.<br />
Je repensais à l’autre, j’en étais arrivé à un point où je ne me souciais plus de connaître le nom de mes partenaires d’une nuit, et d’un côté je commençais à trouver cela pathétique. Je ne sais pas vraiment comment j’avais pu en arriver à là, à vingt-huit ans, complètement méprisant du genre humain. Je ne me reconnaissais pas forcément dans ce personnage, Je me revoyais dix années en arrière, un peu fleur bleue, romantique, peut être même trop. Mais cette part de moi existait encore, simplement elle ne parvenait plus à s’exprimer. Bien évidemment j’avais envie de rencontrer quelqu’un, d’une relation stable, mais je n’y arrivais pas. Mais étais ce de ma faute, je commençais plutôt à me persuader que c’était la faute des autres. Je ne trouvais personne qui ne me plaise, du coup j’avais constamment l’impression que la balance était déséquilibrée. Je comblais mon partenaire, mais j’avais  quoi en retour ? C’est pour cette raison que mes histoires quand elles dépassaient une nuit, atteignaient rarement le cap des trois semaines, tant l’inconfort de la situation m’était insupportable.<br />
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Comme avec ce mec, Julien, avec qui j’étais sorti le mois dernier. Au départ, j’étais vraiment emballé, mais vraiment, et ce malgré quelques petites imperfections. La première semaine s’était passée à merveille. Je l’avais rencontré en boîte un samedi soir, et  nous avions passé toute la journée de dimanche au lit. Nous avions ensuite dîné ensemble deux jours après, le repas s’était particulièrement bien passé, le nuit qui le suivit également. Des centres d’intérêt en commun, beaucoup d’humour et déjà une certaine complicité malgré le côté très récent de l’affaire. Nous répétâmes l’expérience deux jours après avec le même succès. Mais à partir de la deuxième semaine, ces défauts commençaient à m’apparaître comme omniprésents, ils occupaient toute la  place du personnage. De son côté, Julien paraissait plus que ravi de notre relation. Le fait de le voir apparemment comblé, tandis que je ne l’étais pas, me frustrait davantage, je n’allais pas rester avec lui simplement parce qu’il se sentait bien avec moi, il fallait aussi que je pense à moi. Ainsi cette brève aventure se termina au bout du quinzième jour. Et cela se passait  à peu près tout le temps de la même manière. Je ne trouvais personne qui ne puisse m’apporter ce que je désirais vraiment.<br />
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Une fois douché et habillé, je décidais de laver les draps pour chasser l’odeur de l’autre. Quelquefois je m surprenais à songer qu’un autre matin serait possible. Je réfléchissais à ce j’allais faire de ma journée. Je n’aimais pas mon boulot de comptable et j’avais vraiment eu besoin de cette semaine de vacances avant de devenir complètement dingue. C’est épuisant de passer sa journée à faire quelque chose que l’on n’aime pas. Mais maintenant que j’y étais je me demandais ce que j’allais faire de cette semaine ,j’aurais mieux fait de partir. J’irais faire les magasins cette après-midi. J’aimais bien les vêtements. Je crois surtout que j’aimais plaire d’une manière plus générale, c’était un besoin pour moi. Me voir dans le regard de l’autre. Je refermais la porte du lave-linge et lançait un cycle de lavage à 60°C, pour effacer les traces de la veille dans mon appartement. « Et dans mon esprit » je souhaitais.<br />
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]]></content:encoded><dc:creator>NYC</dc:creator><dc:date>2008-09-01T23:35:21+01:00</dc:date></item><item><title>Encore encore</title><link>http://blog.nyc.gayattitude.com/20080815011626/encore-encore/</link><guid isPermaLink="true">http://blog.nyc.gayattitude.com/20080815011626/encore-encore/</guid><description>Elle restait assise en face de lui dans cette minuscule cuisine, si petite qu'une sensation d'étouffement ne tarda pas à la gagner. Cet espace si réduit, si étroit, si confiné qu'il semblait compresser toutes ses pensées dans sa tête, les empêchant de se libérer et de formuler une réponse juste aux mots qu'il avait prononcés. Ces cinq mots justes, précis, d'une sincérité insoutenable qui l'avaient percuté d'un coup sec, faisant basculer le calme et la joie qui l'habitaient en un chaos  dans lequel ses émotions et ses pensées avaient alors du mal à cohabiter. Ces cinq mots qu'il avait prononcé de cet air confiant qui le caractérisait tant. « J'ai besoin d'aller voir ailleurs » lui avait-il dit. 

Dans ces moments, c'était elle qui aurait souhaité être ailleurs songea-t-elle tandis que son regard s'attardait sur la porte de la cuisine avant de revenir à nouveau sur son interlocuteur, ses yeux trahissant le flot de pensées la submergeant en ce moment même. Partir, rétorquer, rester, protester, accepter, tout se bousculait. Pardonner, regretter, ignorer, attaquer, elle était complètement perdue, ne savait plus quoi faire. Mais bien sûr qu'elle savait, elle avait toujours su. Elle avait déjà joué et rejoué cette scène dans ses pensées les plus grises, dans ses moments les plus mélancoliques, dans ses anticipations les plus pessimistes. Elle avait toujours su.

Elle avait déjà vu cette discussion dans cette même cuisine. Elle s'était vue se lever de son siège, le regarder d'un air détaché mais non glacial, sans agressivité. Non, avec ce calme qu'il appréciait tant, qui l'avait sans doute séduit au départ. Supporter son regard à lui, ne pas ciller et lui répondre, calmement toujours, qu'elle préférait ne pas passer la nuit avec lui ce soir. Elle s'imaginait alors franchir la porte de la cuisine, celle qui était ouverte maintenant à sa droite, traverser l'entrée tandis qu'il restait assis seul et qu'elle ouvrait la porte d'entrée et enfin sortir de cet appartement. Et après ?

Son scénario imaginaire s'était toujours arrêté à cet instant, mais à présent que les évènements devenaient réels, ils lui paraissaient bien plus incertains. Elle savait très bien de quelle manière agir dans les trente secondes qui suivraient mais n'avait aucune idée des choses qui suivraient dans les prochaines heures, les jours suivants et même le reste de sa vie. 

Sa vie qu'elle ne parvenait pas à prendre en main, et c'était sans doute cela. Bien plus que les murs étouffants de la cuisine, bien plus que son regard insistant posé sur elle (depuis combien de temps ? deux secondes ? trois minutes ?), c'était cette vie qui lui échappait et qui ne semblait pas dépendre de sa seule volonté, qui la tétanisait sur ce siège froid et métallique, qui la maintenait de force comme aimantée. Elle, immobile, et toutes ces pensées semblant tourbillonner autour d'elle et du siège, qui tel un ami l'empêchait de se perdre entièrement, tel un traître la séquestrait dans ce piège. Et lui en face, attendant, impassible, spectateur, comme quelqu'un ayant déclenché une réaction en chaîne, mais ne s'attardant pas sur les divers mécanismes, attendait simplement de voir ce qu'il trouverait au bout de la chaîne. 

Il l'épiait, la guettait. Tout dans cette cuisine semblait être à l'affût de sa réaction, de la lumière blafarde aux quelques photos accrochées au mur, tout semblait poser sur elle le même regard inquisiteur et c'est alors qu'elle parvint à les ignorer et se recentrer sur elle-même.

Elle se leva, soutint son regard, lui annonça calmement qu'elle ne passerait pas la nuit chez lui. Et tandis qu'elle franchissait la porte de la cuisine, qu'elle traversait l'entrée, qu'elle s'approchait de la porte, elle serrait ses mâchoires du plus fort qu'elle le pouvait, comme pour se maintenir en elle-même, elle serrait avec une pression intense, elle serrait pour s'empêcher de faire demi-tour.

</description><content:encoded><![CDATA[Elle restait assise en face de lui dans cette minuscule cuisine, si petite qu’une sensation d’étouffement ne tarda pas à la gagner. Cet espace si réduit, si étroit, si confiné qu’il semblait compresser toutes ses pensées dans sa tête, les empêchant de se libérer et de formuler une réponse juste aux mots qu’il avait prononcés. Ces cinq mots justes, précis, d’une sincérité insoutenable qui l’avaient percuté d’un coup sec, faisant basculer le calme et la joie qui l’habitaient en un chaos  dans lequel ses émotions et ses pensées avaient alors du mal à cohabiter. Ces cinq mots qu’il avait prononcé de cet air confiant qui le caractérisait tant. « J’ai besoin d’aller voir ailleurs » lui avait-il dit. <br />
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Dans ces moments, c’était elle qui aurait souhaité être ailleurs songea-t-elle tandis que son regard s’attardait sur la porte de la cuisine avant de revenir à nouveau sur son interlocuteur, ses yeux trahissant le flot de pensées la submergeant en ce moment même. Partir, rétorquer, rester, protester, accepter, tout se bousculait. Pardonner, regretter, ignorer, attaquer, elle était complètement perdue, ne savait plus quoi faire. Mais bien sûr qu’elle savait, elle avait toujours su. Elle avait déjà joué et rejoué cette scène dans ses pensées les plus grises, dans ses moments les plus mélancoliques, dans ses anticipations les plus pessimistes. Elle avait toujours su.<br />
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Elle avait déjà vu cette discussion dans cette même cuisine. Elle s’était vue se lever de son siège, le regarder d’un air détaché mais non glacial, sans agressivité. Non, avec ce calme qu’il appréciait tant, qui l’avait sans doute séduit au départ. Supporter son regard à lui, ne pas ciller et lui répondre, calmement toujours, qu’elle préférait ne pas passer la nuit avec lui ce soir. Elle s’imaginait alors franchir la porte de la cuisine, celle qui était ouverte maintenant à sa droite, traverser l’entrée tandis qu’il restait assis seul et qu’elle ouvrait la porte d’entrée et enfin sortir de cet appartement. Et après ?<br />
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Son scénario imaginaire s’était toujours arrêté à cet instant, mais à présent que les évènements devenaient réels, ils lui paraissaient bien plus incertains. Elle savait très bien de quelle manière agir dans les trente secondes qui suivraient mais n’avait aucune idée des choses qui suivraient dans les prochaines heures, les jours suivants et même le reste de sa vie. <br />
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Sa vie qu’elle ne parvenait pas à prendre en main, et c’était sans doute cela. Bien plus que les murs étouffants de la cuisine, bien plus que son regard insistant posé sur elle (depuis combien de temps ? deux secondes ? trois minutes ?), c’était cette vie qui lui échappait et qui ne semblait pas dépendre de sa seule volonté, qui la tétanisait sur ce siège froid et métallique, qui la maintenait de force comme aimantée. Elle, immobile, et toutes ces pensées semblant tourbillonner autour d’elle et du siège, qui tel un ami l’empêchait de se perdre entièrement, tel un traître la séquestrait dans ce piège. Et lui en face, attendant, impassible, spectateur, comme quelqu’un ayant déclenché une réaction en chaîne, mais ne s’attardant pas sur les divers mécanismes, attendait simplement de voir ce qu’il trouverait au bout de la chaîne. <br />
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Il l’épiait, la guettait. Tout dans cette cuisine semblait être à l’affût de sa réaction, de la lumière blafarde aux quelques photos accrochées au mur, tout semblait poser sur elle le même regard inquisiteur et c’est alors qu’elle parvint à les ignorer et se recentrer sur elle-même.<br />
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Elle se leva, soutint son regard, lui annonça calmement qu’elle ne passerait pas la nuit chez lui. Et tandis qu’elle franchissait la porte de la cuisine, qu’elle traversait l’entrée, qu’elle s’approchait de la porte, elle serrait ses mâchoires du plus fort qu’elle le pouvait, comme pour se maintenir en elle-même, elle serrait avec une pression intense, elle serrait pour s’empêcher de faire demi-tour.<br />
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]]></content:encoded><dc:creator>NYC</dc:creator><dc:date>2008-08-15T01:16:26+01:00</dc:date></item><item><title>Encore</title><link>http://blog.nyc.gayattitude.com/20080813214825/encore/</link><guid isPermaLink="true">http://blog.nyc.gayattitude.com/20080813214825/encore/</guid><description>Par une rupture, c'est ainsi que notre histoire devait se terminer. Pudiques, réservés, assis face à face à cette terrasse de café, nous nous regardons, nous observons, comme deux inconnus, rompant ainsi le dernier lien pouvant nous unir. D'un nous finissons par redevenir deux. Tu me dis que c'est mieux ainsi, mieux pour nous deux. Toujours ce chiffre deux pour contrecarrer ce nous que nous pensions unique. Je te réponds que oui, effectivement, c'est mieux ainsi. Je te souhaite d'être heureuse et je suis sincère. Je veux que tu sois heureuse. Mais moins fort, moins vite que moi. Nous sommes deux à présent et chacun de nous veut s'accaparer la plus grande part de bonheur. Nous ne le partageons plus, nous nous l'arrachons. Je t'embrasse sur la joue. Tu baisses les yeux et me murmure bonne chance. Quel moment calme que la rupture, on en oublierait presque l'avant. 
	
Ca se termine toujours par une rupture, mais avant les disputes se sont déchaînées . Ces cris que tu poussais, ces portes que je claquais. Les remarques désobligeantes, les insinuations sournoises, les insultes humiliantes. Toutes ces joutes verbales pour se persuader que nous valions mieux que l'autre. Toutes ces phrases tranchantes pour couper les liens qui nous enserraient, nous opprimaient, nous emprisonnaient l'un à l'autre. Physiquement nous étions déjà séparés. Depuis deux mois, tu n'avais plus envie de moi. Depuis trois mois, je découvrais d'autres corps. Mais depuis longtemps déjà, nous nous évitions, nous contournions.

Ca se termine toujours par une rupture après que les disputes aient brisé les dernières chaînes. Pour les premières, le doute s'en est chargé. Ce doute qui, tel un silencieux serpent, s'est immiscé sournoisement entre nous deux, sans même qu'on ne puisse s'en apercevoir. C'est arrivé furtivement, progressivement, comme suivant la logique d'un scénario sadique dont nous n'avions connaissance. Tes manies qui m'avaient tant charmé ont commencé à m'agacer, mon assurance qui te rassurait a fini par t'angoisser. Nous nous sommes regardés différemment. Peut être plus clairement. Sans doute t'ai-je alors regardé réellement plutôt que de me voir dans ton regard. Ce regard dans lequel je ne me reconnaissais plus. Le un  que nous étions, rongé par le doute, commençait déjà à s'effriter. A suggérer les deux parties dissimulées derrière sa fragile enveloppe. 

Ca se termine toujours par une rupture, après que les disputes aient brisées les dernières chaînes ; pour les premières, le doute s'en est chargé. On en oublierait presque avant, il y avait de l'amour. Un amour qui nous semblait inconditionnel. Intemporel. Indestructible. Comment aurions-nous pu savoir ? Cet après-midi d'été dans le jardin du Luxembourg quand je t'ai aperçue, assise sur une chaise face au bassin alors que tous les autres lui faisaient dos, j'ai vraiment cru que c‘était toi. Que c'était moi. J'ai cru me reconnaître dans ton regard. A présent je sais que ce n'était qu'un mirage, un bien trompeur mirage. Pourtant nous y avons cru. Nous y avons cru tellement fort que pendant un moment, nous nous en sommes persuadés. Pendant un long moment, nous nous sommes aimés.

Mais cela se termine toujours par une rupture, une fois que les disputes ont brisé les dernières chaînes. Pour les premières, le doute s'en est chargé ; il a été le premier,à ronger cet amour que nous pension indissoluble. Mais avant l'amour qu'y avait-il ? Et bien, cela commence toujours par une rupture. Libérés de ces chaînes dans lesquelles nous nous étions emprisonnés, nous redevenons libres. Nous nous sentons également plus forts, plus confiants. Avec la certitude que la prochaine fois nous ne nous tromperons pas. Pris dans ce nouvel élan, nous en arrivons même à oublier que tout cela se terminera forcément par une rupture. 

</description><content:encoded><![CDATA[Par une rupture, c’est ainsi que notre histoire devait se terminer. Pudiques, réservés, assis face à face à cette terrasse de café, nous nous regardons, nous observons, comme deux inconnus, rompant ainsi le dernier lien pouvant nous unir. D’un nous finissons par redevenir deux. Tu me dis que c’est mieux ainsi, mieux pour nous deux. Toujours ce chiffre deux pour contrecarrer ce nous que nous pensions unique. Je te réponds que oui, effectivement, c’est mieux ainsi. Je te souhaite d’être heureuse et je suis sincère. Je veux que tu sois heureuse. Mais moins fort, moins vite que moi. Nous sommes deux à présent et chacun de nous veut s’accaparer la plus grande part de bonheur. Nous ne le partageons plus, nous nous l’arrachons. Je t’embrasse sur la joue. Tu baisses les yeux et me murmure bonne chance. Quel moment calme que la rupture, on en oublierait presque l’avant. <br />
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Ca se termine toujours par une rupture, mais avant les disputes se sont déchaînées . Ces cris que tu poussais, ces portes que je claquais. Les remarques désobligeantes, les insinuations sournoises, les insultes humiliantes. Toutes ces joutes verbales pour se persuader que nous valions mieux que l’autre. Toutes ces phrases tranchantes pour couper les liens qui nous enserraient, nous opprimaient, nous emprisonnaient l’un à l’autre. Physiquement nous étions déjà séparés. Depuis deux mois, tu n’avais plus envie de moi. Depuis trois mois, je découvrais d’autres corps. Mais depuis longtemps déjà, nous nous évitions, nous contournions.<br />
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Ca se termine toujours par une rupture après que les disputes aient brisé les dernières chaînes. Pour les premières, le doute s’en est chargé. Ce doute qui, tel un silencieux serpent, s’est immiscé sournoisement entre nous deux, sans même qu’on ne puisse s’en apercevoir. C’est arrivé furtivement, progressivement, comme suivant la logique d’un scénario sadique dont nous n’avions connaissance. Tes manies qui m’avaient tant charmé ont commencé à m’agacer, mon assurance qui te rassurait a fini par t’angoisser. Nous nous sommes regardés différemment. Peut être plus clairement. Sans doute t’ai-je alors regardé réellement plutôt que de me voir dans ton regard. Ce regard dans lequel je ne me reconnaissais plus. Le un  que nous étions, rongé par le doute, commençait déjà à s’effriter. A suggérer les deux parties dissimulées derrière sa fragile enveloppe. <br />
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Ca se termine toujours par une rupture, après que les disputes aient brisées les dernières chaînes ; pour les premières, le doute s’en est chargé. On en oublierait presque avant, il y avait de l’amour. Un amour qui nous semblait inconditionnel. Intemporel. Indestructible. Comment aurions-nous pu savoir ? Cet après-midi d’été dans le jardin du Luxembourg quand je t’ai aperçue, assise sur une chaise face au bassin alors que tous les autres lui faisaient dos, j’ai vraiment cru que c‘était toi. Que c’était moi. J’ai cru me reconnaître dans ton regard. A présent je sais que ce n’était qu’un mirage, un bien trompeur mirage. Pourtant nous y avons cru. Nous y avons cru tellement fort que pendant un moment, nous nous en sommes persuadés. Pendant un long moment, nous nous sommes aimés.<br />
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Mais cela se termine toujours par une rupture, une fois que les disputes ont brisé les dernières chaînes. Pour les premières, le doute s’en est chargé ; il a été le premier,à ronger cet amour que nous pension indissoluble. Mais avant l’amour qu’y avait-il ? Et bien, cela commence toujours par une rupture. Libérés de ces chaînes dans lesquelles nous nous étions emprisonnés, nous redevenons libres. Nous nous sentons également plus forts, plus confiants. Avec la certitude que la prochaine fois nous ne nous tromperons pas. Pris dans ce nouvel élan, nous en arrivons même à oublier que tout cela se terminera forcément par une rupture. <br />
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]]></content:encoded><dc:creator>NYC</dc:creator><dc:date>2008-08-13T21:48:25+01:00</dc:date></item><item><title>Je mens Tu mens Il ment...</title><link>http://blog.nyc.gayattitude.com/20080322200802/je-mens-tu-mens-il-ment/</link><guid isPermaLink="true">http://blog.nyc.gayattitude.com/20080322200802/je-mens-tu-mens-il-ment/</guid><description>

Quand j'étais plus petit plus petit, on ne cessait de me répéter des phrases du style« c'est vilain de mentir », « tu n'es qu'un sale menteur », ce qui ne m'empêchait pas de le faire pour autant, j'adorais ça. Aujourd'hui passé trente ans, rien n'a vraiment changé, sauf qu'on me laisse un peu plus tranquille avec des discours moralisateurs. D'ailleurs mentir est-ce forcément mal ?
	Quand j'ai épousé Babette, il y a cinq déjà et que le curé m'a demandé si j'étais prêt à l'aimer pour le meilleur et pour le pire, j'ai bien été forcé de répondre oui. Il me scrutait avec l'air sournois d'un inspecteur de police qui attend que l'accusé épuisé passe aux aveux après plus de quarante-huit heures de garde-à-vue et à peine mes lèvres commençaient-elles à esquisser un non qu'il m'a lancé un regard tellement désapprobateur, accentué par ses sourcils broussailleux, que j'ai bien été obligé de me reprendre. Et ce n'a sans doute pas été plus mal. La preuve : Babette est heureuse et sans doute la plus heureuse des femmes. Par exemple la nuit passée, alors que nous venions de faire l'amour, je lui déposais rituellement un baiser sur le front, à droite, juste au-dessus de son grain de beauté, puis repoussais délicatement une mèche de ses cheveux blonds. Elle s'est alors mise à sangloter en me murmurer à l'oreille « c'en est trop, c'en est trop, je n'en peux plus ». Est ce possible d'être si heureuse ? Trop heureuse au point d'en être emplie de bonheur ?  Depuis quelques temps déjà, je remarque que son amour pour moi est devenu si intense, qu'elle ne s'en tient plus qu'à l'essentiel, évitant les discussions futiles et superficielles pour se limiter qu'à l'expression de ses sentiments les plus profonds. Alors pourquoi gâcher cela ? Ce serait lui pourrir son existence et la mienne par la même occasion. Toutes les vérités ne sont pas nécessaires et encore moins bénéfiques. La carte de la sincérité n'a jamais été un atout dans le jeu de la vie. Et  finalement le fait que je fréquente d'autres femmes ne la regarde pas, c'est mon problème.


	Et c'est d'ailleurs un véritable problème que de dissimuler la vérité, inventer en permanence des problèmes bidons pour s'absenter, un dîner d'affaires fictif, une fausse tante éloignée subitement mourante, une panne d'essence élaborée sur le trajet du retour. Mais à force de prêcher le faux on risque de dévoiler le vrai. Il n'y a pas de mystère, le mensonge ne se pratique pas en dilettante, tout le secret réside dans l'organisation. Je l'avais trouvé par hasard, il y a deux ans. C'était un après-midi d'été, il faisait bon, je décidais donc de rentrer à pied de chez ma conquête du moment, quand je l'ai aperçu en vitrine d'une petite papeterie parisienne à l'angle de la rue   saint Jacques et du boulevard saint Germain. Tout de suite il m'avait plu avec sa couverture en cuir aux reflets bleutés et son papier légèrement jauni. Depuis je note dans ce carnet quasi-quotidiennement la plupart de mes mensonges.  Cela me  permet de ne pas faire de bévues devant Babette ou bien même quelqu'un d'autre. Mais ce n'est pas tout. Je les relis, les réutilise, les prolonge, les modifie pour les adapter. Par exemple quand Babette a décidé de s'inscrire à son cours de gym du mardi soir, j'ai du coup réutilisé l'excuse de la partie de poker qu'organisaient des collègues également tous les mardis soirs. J'avais inventé ce prétexte six mois auparavant, il s'accordait merveilleusement à la  nouvelle situation. J'inscris également dans mon carnet certaines des habitudes de Babette, pour organiser plus facilement mon emploi du temps et mes mensonges, cela me permet aussi de les préparer. Actuellement je suis en train de réfléchir à l'excuse pour expliquer mon absence du domicile lorsqu'elle partira avec ses deux copines de je ne sais plus où pour un week-end « randonnée &amp;amp; diététique ». Curieux concept d'ailleurs, mais elle y a déjà été il y a deux mois, et visiblement elle avait vraiment été emballée vu sa mine réjouie. Par contre je ne trouve pas que cela lui avait fait perdre du poids. 


	Chaque page de ce carnet est une page de ma vie, chacune pourrait même  être une vie à elle seule, qu'elle ait été vécue ou non. Quelle importance finalement ? Parfois la vie que je décris à travers mes mensonges me semble plus agréable que ma vie réelle, c'est sans doute une des raisons pour lesquelles j'aime tant mentir, même si par moments je ne parviens plus vraiment à distinguer le faux du vrai, mais peu m'importe, je retiens généralement ce qui me convient le mieux. Tout se mélange dans ce carnet, d'autant plus que j'ai également pris l'habitude d'y noter des évènements m'arrivant réellement, certains car ils m'ont ému comme la nuit dernière après l'amour, d'autres plus insignifiants comme le départ précipité cet après-midi de Babette au chevet de sa tante tombée brusquement malade. Je vais en profiter pour voir Sylvie d'ailleurs.

</description><content:encoded><![CDATA[<br />
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Quand j’étais plus petit plus petit, on ne cessait de me répéter des phrases du style« c’est vilain de mentir », « tu n’es qu’un sale menteur », ce qui ne m’empêchait pas de le faire pour autant, j’adorais ça. Aujourd’hui passé trente ans, rien n’a vraiment changé, sauf qu’on me laisse un peu plus tranquille avec des discours moralisateurs. D’ailleurs mentir est-ce forcément mal ?<br />
	Quand j’ai épousé Babette, il y a cinq déjà et que le curé m’a demandé si j’étais prêt à l’aimer pour le meilleur et pour le pire, j’ai bien été forcé de répondre oui. Il me scrutait avec l’air sournois d’un inspecteur de police qui attend que l’accusé épuisé passe aux aveux après plus de quarante-huit heures de garde-à-vue et à peine mes lèvres commençaient-elles à esquisser un non qu’il m’a lancé un regard tellement désapprobateur, accentué par ses sourcils broussailleux, que j’ai bien été obligé de me reprendre. Et ce n’a sans doute pas été plus mal. La preuve : Babette est heureuse et sans doute la plus heureuse des femmes. Par exemple la nuit passée, alors que nous venions de faire l’amour, je lui déposais rituellement un baiser sur le front, à droite, juste au-dessus de son grain de beauté, puis repoussais délicatement une mèche de ses cheveux blonds. Elle s’est alors mise à sangloter en me murmurer à l’oreille « c’en est trop, c’en est trop, je n’en peux plus ». Est ce possible d’être si heureuse ? Trop heureuse au point d’en être emplie de bonheur ?  Depuis quelques temps déjà, je remarque que son amour pour moi est devenu si intense, qu’elle ne s’en tient plus qu’à l’essentiel, évitant les discussions futiles et superficielles pour se limiter qu’à l’expression de ses sentiments les plus profonds. Alors pourquoi gâcher cela ? Ce serait lui pourrir son existence et la mienne par la même occasion. Toutes les vérités ne sont pas nécessaires et encore moins bénéfiques. La carte de la sincérité n’a jamais été un atout dans le jeu de la vie. Et  finalement le fait que je fréquente d’autres femmes ne la regarde pas, c’est mon problème.<br />
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	Et c’est d’ailleurs un véritable problème que de dissimuler la vérité, inventer en permanence des problèmes bidons pour s’absenter, un dîner d’affaires fictif, une fausse tante éloignée subitement mourante, une panne d’essence élaborée sur le trajet du retour. Mais à force de prêcher le faux on risque de dévoiler le vrai. Il n’y a pas de mystère, le mensonge ne se pratique pas en dilettante, tout le secret réside dans l’organisation. Je l’avais trouvé par hasard, il y a deux ans. C’était un après-midi d’été, il faisait bon, je décidais donc de rentrer à pied de chez ma conquête du moment, quand je l’ai aperçu en vitrine d’une petite papeterie parisienne à l’angle de la rue   saint Jacques et du boulevard saint Germain. Tout de suite il m’avait plu avec sa couverture en cuir aux reflets bleutés et son papier légèrement jauni. Depuis je note dans ce carnet quasi-quotidiennement la plupart de mes mensonges.  Cela me  permet de ne pas faire de bévues devant Babette ou bien même quelqu’un d’autre. Mais ce n’est pas tout. Je les relis, les réutilise, les prolonge, les modifie pour les adapter. Par exemple quand Babette a décidé de s’inscrire à son cours de gym du mardi soir, j’ai du coup réutilisé l’excuse de la partie de poker qu’organisaient des collègues également tous les mardis soirs. J’avais inventé ce prétexte six mois auparavant, il s’accordait merveilleusement à la  nouvelle situation. J’inscris également dans mon carnet certaines des habitudes de Babette, pour organiser plus facilement mon emploi du temps et mes mensonges, cela me permet aussi de les préparer. Actuellement je suis en train de réfléchir à l’excuse pour expliquer mon absence du domicile lorsqu’elle partira avec ses deux copines de je ne sais plus où pour un week-end « randonnée & diététique ». Curieux concept d’ailleurs, mais elle y a déjà été il y a deux mois, et visiblement elle avait vraiment été emballée vu sa mine réjouie. Par contre je ne trouve pas que cela lui avait fait perdre du poids. <br />
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	Chaque page de ce carnet est une page de ma vie, chacune pourrait même  être une vie à elle seule, qu’elle ait été vécue ou non. Quelle importance finalement ? Parfois la vie que je décris à travers mes mensonges me semble plus agréable que ma vie réelle, c’est sans doute une des raisons pour lesquelles j’aime tant mentir, même si par moments je ne parviens plus vraiment à distinguer le faux du vrai, mais peu m’importe, je retiens généralement ce qui me convient le mieux. Tout se mélange dans ce carnet, d’autant plus que j’ai également pris l’habitude d’y noter des évènements m’arrivant réellement, certains car ils m’ont ému comme la nuit dernière après l’amour, d’autres plus insignifiants comme le départ précipité cet après-midi de Babette au chevet de sa tante tombée brusquement malade. Je vais en profiter pour voir Sylvie d’ailleurs.<br />
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]]></content:encoded><dc:creator>NYC</dc:creator><dc:date>2008-03-22T20:08:02+01:00</dc:date></item><item><title>Si vous avez le courage de tout lire....</title><link>http://blog.nyc.gayattitude.com/20071203230423/si-vous-avez-le-courage-de-tout-lire/</link><guid isPermaLink="true">http://blog.nyc.gayattitude.com/20071203230423/si-vous-avez-le-courage-de-tout-lire/</guid><description>Je suis un ange. Pour quelles raisons ? Je ne sais pas. Savez vous pourquoi vous êtes un homme ou une femme, né au douzième ou au vingtième siècle, bon ou mauvais ? Pour les mêmes raisons, je ne sais pas pourquoi je suis un ange. Depuis combien de temps ? Cinq ans, deux siècles, une éternité ? Je ne m'en souviens plus. Notre rôle est d'aider un humain mais j'y reviendrai plus tard. Je vous dis notre mais nous ne pouvons nous voir les uns les autres, et pourtant nous sommes des millions à nous côtoyer quotidiennement. Comment je sais toutes ces choses ? Elles sont en moi, tout simplement. Vous qui vouliez tout apprendre sur les anges, vous risquez donc d'être fortement déçus, je ne suis pas plus avancé que vous. Par contre oubliez la forme du chérubin ailé avec son auréole et ses petites fesses potelées. Je ressemble plutôt à rien, vraiment rien du tout. Avez-vous déjà imaginé une chose encore plus transparente que l'eau, plus insaisissable qu'un courant d'air et plus impalpable que le vide ? Non ? Et c'est pourtant ce à quoi ressemble un ange. Déjà je vois dans vos yeux le mythe qui s'effondre.
Tant qu'à briser les idées reçues, continuons. Comme je vous le disais notre rôle est d'aider un humain en particulier. Cela se fait toujours sur un problème précis, mais sur une durée indéterminée. Cela peut mettre un jour comme une vie pour le résoudre, tout dépend du problème, de l'humain aussi . Notre champ d'action reste très limité, nous sommes juste cette petite voix au fond de votre tête qui vous suggère la direction à suivre. Encore faut il que vous vouliez bien l'entendre. Mais n'allez pas croire qu'un ange est forcément gentil, moi ne le suis pas. Non pas que j'aille pousser les gens au suicide ou provoquer d'autres catastrophes. Je ne le peux pas. Pourtant j'aimerais le faire mais ça ne marche pas, vous ne pouvez nous entendre que lorsque l'on vous indique la bonne direction. Evidemment, il n'y en a qu'une. Passionnant comme boulot. Autant de créativité et de marge de manœuvre donne forcément envie. Voilà pourquoi je hais les humains dont je m'occupe. Régler leurs petites crises existentielles me frustre, me lasse, me désespère. En un mot, je m'emmerde. Et si malgré cela je persiste à leur souffler leurs intuitions au creux de l'oreille, ce n'est pas pour qu'il puissent enfin s'épanouir dans leur vie, mais surtout pour passer plus vite au cas suivant . Un humain, au bout de deux jours, je ne peux plus le voir en peinture. Et sans trop me faire d'illusions, je garde néanmoins l'espoir que le cas suivant sera plus intéressant. Espoir vain, bien évidemment. Bref, pour l'image du bambin souriant, débordant d'amour, prêt à tout pour votre bien être et épanouissement personnel, vous repasserez.
Pourtant un jour, tout a changé, le jour où on me l'a confié. Je ne sais pas non plus comment on nous assigne les humains. N'allez pas imaginer que c'est un vieux monsieur barbu sur un nuage qui nous délivre un plan de mission. Non, on en croise par hasard un jour au détour d'une rue, dans un musée, une cage d'escalier et on sait immédiatement que c'est lui. Comment ? Vous vous posez bien trop de questions, sans doute votre principal problème à vous les humains. Je l'ai donc rencontrée un hiver dans une rue piétonne parisienne en 2007 de votre calendrier. Elle s'appelait Béa et venait de fêter ses vingt sept ans. Une grande brune, la silhouette élancée, et belle je pense car souvent les hommes et parfois les femmes se retournaient sur son passage. Son enfance s'était déroulée sans histoires, avait une situation confortable, était en en parfaite santé et elle envisageait de mettre prochainement fin à ses jours. Je ne vous ferai pas l'affront de vous exposer l'objectif de ma mission. Le genre de cas que je détestais le plus. Donner un sens à la vie d'une petite bourgeoise en pleine crise existentielle m'exaspérait. Pour ma part je l'aurai personnellement poussé du quai de sa station de métro. Mais à peine ais je commencé à lire dans ses pensées que son cas m'intéressa. Elle ne voulait pas mettre fin à ses jours car elle désespérait d'attendre le prince charmant, ou bien parce qu'elle se lamentait de ne pas avoir été pauvre et ainsi de ne pas connaître la valeur des choses dans sa petite réalité superficielle. Non, elle souhaitait se suicider car rien dans sa vie, même plutôt dans la vie ne l'intéressait. Non pas qu'elle était blasée ou regardait les choses avec mépris ou dédain. Au contraire elle aurait souhaité se passionner pour quelque chose, aimer quelqu'un ou une idée. Mais rien n'y faisait, elle n'y parvenait pas. Rien ni personne ne pouvait attirer et encore moins capturer son attention. A la rigueur ce n'était pas trop grave. Elle aurait pu tout simplement avoir une existence insignifiante. Mais elle en était consciente. Vous imaginez vous de voir les choses sans pouvoir les vivre, que tout s'active autour de vous et que vous ne fassiez jamais partie du mouvement, cloîtré dans le rôle du spectateur sans jamais être acteur. Je ne pense pas que vous puissiez l'imaginer, j'en suis même certain. Moi seul le peux. Car je vivais la même situation. Elle et moi étions semblables. M'occuper de son problème revenait à m'occuper de mon problème. Et m'occuper de mon problème c'était finalement exister. Je sentais que pour une fois les choses se passeraient différemment. Elle serait moi, je serais elle et ensemble nous allions tenter de donner un sens à notre existence, mortelle ou immortelle. Ce devenait forcément plus excitant quand il s'agissait de s'occuper de moi-même. Ange ou non, cela ne m'empêchait pas d'être aussi égoïste que bien des humains.
Se faire entendre avec elle ne fut pas aisé. Elle était perdue dans un flot constant de pensées mais qui n'étaient jamais les siennes. Elle entendait les voix d'autres personnes qui commentaient ce qui l'environnait. Sans s'intéresser aux choses elle ne parvenait à émettre une propre opinion. Une fois c'était sa mère qui lui faisait remarque la température fraîche pour la saison (un grand classique). Une autre fois la voix d'une de ses collègues commentait que ce mec avait les fesses de Brad Pitt, mais uniquement les fesses hélas. A défaut de vivre par elle-même, elle tentait de survivre au travers des autres. Mais ce n'était que survivre. Les pensées profondes, celles qui donnent le sentiment d'être, les gens les gardent pour eux. Pour ma part je tentais d'attirer son attention sur quelque chose dès que j'en trouvais l'occasion. Regarde cette peinture, rappelle toi cette odeur,  contemple ce sourire, savoure cet instant et même une fois je lui suggérais de se passionner pour une émission de téléréalité alors que je me trouvais à court d'inspiration. Mais rien ne la touchait, rien ne la concernait, elle n'entendait rien.
Je commençais à me décourager, je n'avais jamais rencontré quelqu'un d'aussi creux, à croire qu'elle n'avait pas d'âme.  Etait elle en fait une morte vivante ou un truc dans le genre et il s'agissait d'une plaisanterie de mauvais goût. Peut être que des fois on faisait des blagues aux anges pour tromper l'ennui de leur quotidien. Pour le coup ça fonctionnait je ne m'ennuyais plus, j'étais carrément hors de moi. Je comptais sur elle pour régler mon problème et elle ne bougeait pas d'un pouce me laissant dans mon vide existentiel. Pour moi chaque jour était un nouveau défi afin de trouver un moyen de la secouer. Pour elle chaque jour était un encouragement de plus à mettre fin à ses jours. Et  j'avais peur de la perdre, que tout s'arrête, de repasser à un cas lambda avec lequel il ne se passerait rien. J'avais peur. C'était la première fois que je ressentais une telle émotion. Pour une fois je n'avais pas envie que cela cesse, d'attendre que ça se passe. Non j'avais peur pour elle et pour moi à la fois. Pour une fois je m'intéressais à quelque ou plutôt à quelqu'un et ce quelqu'un c'était moi, même si c'était à travers elle. Mais se faire entendre par quelqu'un qui voulait pas écouter. Se faire entendre. C'est en comprenant que je n'y parviendrai sans doute jamais que je trouvai le moyen de la sauver, mais pour ce faire je devais la laisser jusqu'au bout, l'entraîner jusqu'à la dernière limite. C'était quitte ou double.
Les jours se suivaient et sa situation devenait de plus en plus intolérable. Quant à moi je patientais, guettant en silence. Le premier mardi du mois de mars,  Bea prit la décision de passer à l'acte, au bord du quai, tout en bout de station. Déjà on apercevait au loin les phares du métro s'approcher. Il était tôt, la station quasiment déserte. Seule une vieille dame avec un immonde petit chien blanc attendait, mais à l'autre bout. Au moins la petite créature d'un blanc immaculée ne serait pas éclaboussée dans le cas où mon plan ne fonctionnerait pas. Les poings serrés, les muscles tendus, elle attendait prête et résignée. Le son de la rame devenait de plus en plus assourdissant. Je m'approchai alors d'elle et lui soufflait à l'oreille. Et après ? Qu'est ce qui se passera ? Dans quel état te retrouvera-t-on ? Qui te pleurera ? Qui t'oubliera ? Un torrent de questions déferlait dans sa tête. Certains gens savent écouter, elle vavait besoin de répondre. Des images ne tardèrent pas à suivre. D'abord d'elle dans l'instant présent, puis de son enfance, également de toutes celles qu'elle aurait pu devenir. Une multitude de scénarios se bousculaient dans sa tête. Une fois le mécanisme lancé elle ne pouvait plus s'empêcher de penser, mais cette fois ci elle entendait sa propre voix. Obsédée par l'idée de s'intéresser à quelque chose, elle avait oublié de s'intéresser à elle. Captivée par ses pensées, elle recula doucement de trois pas puis fit brusquement demi-tour et s'échappa de la station en courant. Il était temps pour elle de vivre, il était temps pour moi de disparaître. 
Depuis les humains se sont succédés, certains plus intéressants que d'autres . Mais peu m'importe, à travers leurs soucis ce sont maintenant mes problèmes que je tente de résoudre. En me servant d'eux et non plus en les subissant, ma mission m'apparaît sous un jour nouveau, bien plus épanouissante, pour moi en tout cas, pour eux également par la force des choses. Evidemment pour l'image de l'ange dévoué, n'existant que pour vous rendre heureux et pour qui seul importe votre bonheur ce n'est toujours pas ça. Et alors ? Qu'alliez vous donc vous imaginer ? 

</description><content:encoded><![CDATA[Je suis un ange. Pour quelles raisons ? Je ne sais pas. Savez vous pourquoi vous êtes un homme ou une femme, né au douzième ou au vingtième siècle, bon ou mauvais ? Pour les mêmes raisons, je ne sais pas pourquoi je suis un ange. Depuis combien de temps ? Cinq ans, deux siècles, une éternité ? Je ne m’en souviens plus. Notre rôle est d’aider un humain mais j’y reviendrai plus tard. Je vous dis notre mais nous ne pouvons nous voir les uns les autres, et pourtant nous sommes des millions à nous côtoyer quotidiennement. Comment je sais toutes ces choses ? Elles sont en moi, tout simplement. Vous qui vouliez tout apprendre sur les anges, vous risquez donc d’être fortement déçus, je ne suis pas plus avancé que vous. Par contre oubliez la forme du chérubin ailé avec son auréole et ses petites fesses potelées. Je ressemble plutôt à rien, vraiment rien du tout. Avez-vous déjà imaginé une chose encore plus transparente que l’eau, plus insaisissable qu’un courant d’air et plus impalpable que le vide ? Non ? Et c’est pourtant ce à quoi ressemble un ange. Déjà je vois dans vos yeux le mythe qui s’effondre.<br />
Tant qu’à briser les idées reçues, continuons. Comme je vous le disais notre rôle est d’aider un humain en particulier. Cela se fait toujours sur un problème précis, mais sur une durée indéterminée. Cela peut mettre un jour comme une vie pour le résoudre, tout dépend du problème, de l’humain aussi . Notre champ d’action reste très limité, nous sommes juste cette petite voix au fond de votre tête qui vous suggère la direction à suivre. Encore faut il que vous vouliez bien l’entendre. Mais n’allez pas croire qu’un ange est forcément gentil, moi ne le suis pas. Non pas que j’aille pousser les gens au suicide ou provoquer d’autres catastrophes. Je ne le peux pas. Pourtant j’aimerais le faire mais ça ne marche pas, vous ne pouvez nous entendre que lorsque l’on vous indique la bonne direction. Evidemment, il n’y en a qu’une. Passionnant comme boulot. Autant de créativité et de marge de manœuvre donne forcément envie. Voilà pourquoi je hais les humains dont je m’occupe. Régler leurs petites crises existentielles me frustre, me lasse, me désespère. En un mot, je m’emmerde. Et si malgré cela je persiste à leur souffler leurs intuitions au creux de l’oreille, ce n’est pas pour qu’il puissent enfin s’épanouir dans leur vie, mais surtout pour passer plus vite au cas suivant . Un humain, au bout de deux jours, je ne peux plus le voir en peinture. Et sans trop me faire d’illusions, je garde néanmoins l’espoir que le cas suivant sera plus intéressant. Espoir vain, bien évidemment. Bref, pour l’image du bambin souriant, débordant d’amour, prêt à tout pour votre bien être et épanouissement personnel, vous repasserez.<br />
Pourtant un jour, tout a changé, le jour où on me l’a confié. Je ne sais pas non plus comment on nous assigne les humains. N’allez pas imaginer que c’est un vieux monsieur barbu sur un nuage qui nous délivre un plan de mission. Non, on en croise par hasard un jour au détour d’une rue, dans un musée, une cage d’escalier et on sait immédiatement que c’est lui. Comment ? Vous vous posez bien trop de questions, sans doute votre principal problème à vous les humains. Je l’ai donc rencontrée un hiver dans une rue piétonne parisienne en 2007 de votre calendrier. Elle s’appelait Béa et venait de fêter ses vingt sept ans. Une grande brune, la silhouette élancée, et belle je pense car souvent les hommes et parfois les femmes se retournaient sur son passage. Son enfance s’était déroulée sans histoires, avait une situation confortable, était en en parfaite santé et elle envisageait de mettre prochainement fin à ses jours. Je ne vous ferai pas l’affront de vous exposer l’objectif de ma mission. Le genre de cas que je détestais le plus. Donner un sens à la vie d’une petite bourgeoise en pleine crise existentielle m’exaspérait. Pour ma part je l’aurai personnellement poussé du quai de sa station de métro. Mais à peine ais je commencé à lire dans ses pensées que son cas m’intéressa. Elle ne voulait pas mettre fin à ses jours car elle désespérait d’attendre le prince charmant, ou bien parce qu’elle se lamentait de ne pas avoir été pauvre et ainsi de ne pas connaître la valeur des choses dans sa petite réalité superficielle. Non, elle souhaitait se suicider car rien dans sa vie, même plutôt dans la vie ne l’intéressait. Non pas qu’elle était blasée ou regardait les choses avec mépris ou dédain. Au contraire elle aurait souhaité se passionner pour quelque chose, aimer quelqu’un ou une idée. Mais rien n’y faisait, elle n’y parvenait pas. Rien ni personne ne pouvait attirer et encore moins capturer son attention. A la rigueur ce n’était pas trop grave. Elle aurait pu tout simplement avoir une existence insignifiante. Mais elle en était consciente. Vous imaginez vous de voir les choses sans pouvoir les vivre, que tout s’active autour de vous et que vous ne fassiez jamais partie du mouvement, cloîtré dans le rôle du spectateur sans jamais être acteur. Je ne pense pas que vous puissiez l’imaginer, j’en suis même certain. Moi seul le peux. Car je vivais la même situation. Elle et moi étions semblables. M’occuper de son problème revenait à m’occuper de mon problème. Et m’occuper de mon problème c’était finalement exister. Je sentais que pour une fois les choses se passeraient différemment. Elle serait moi, je serais elle et ensemble nous allions tenter de donner un sens à notre existence, mortelle ou immortelle. Ce devenait forcément plus excitant quand il s’agissait de s’occuper de moi-même. Ange ou non, cela ne m’empêchait pas d’être aussi égoïste que bien des humains.<br />
Se faire entendre avec elle ne fut pas aisé. Elle était perdue dans un flot constant de pensées mais qui n’étaient jamais les siennes. Elle entendait les voix d’autres personnes qui commentaient ce qui l’environnait. Sans s’intéresser aux choses elle ne parvenait à émettre une propre opinion. Une fois c’était sa mère qui lui faisait remarque la température fraîche pour la saison (un grand classique). Une autre fois la voix d’une de ses collègues commentait que ce mec avait les fesses de Brad Pitt, mais uniquement les fesses hélas. A défaut de vivre par elle-même, elle tentait de survivre au travers des autres. Mais ce n’était que survivre. Les pensées profondes, celles qui donnent le sentiment d’être, les gens les gardent pour eux. Pour ma part je tentais d’attirer son attention sur quelque chose dès que j’en trouvais l’occasion. Regarde cette peinture, rappelle toi cette odeur,  contemple ce sourire, savoure cet instant et même une fois je lui suggérais de se passionner pour une émission de téléréalité alors que je me trouvais à court d’inspiration. Mais rien ne la touchait, rien ne la concernait, elle n’entendait rien.<br />
Je commençais à me décourager, je n’avais jamais rencontré quelqu’un d’aussi creux, à croire qu’elle n’avait pas d’âme.  Etait elle en fait une morte vivante ou un truc dans le genre et il s’agissait d’une plaisanterie de mauvais goût. Peut être que des fois on faisait des blagues aux anges pour tromper l’ennui de leur quotidien. Pour le coup ça fonctionnait je ne m’ennuyais plus, j’étais carrément hors de moi. Je comptais sur elle pour régler mon problème et elle ne bougeait pas d’un pouce me laissant dans mon vide existentiel. Pour moi chaque jour était un nouveau défi afin de trouver un moyen de la secouer. Pour elle chaque jour était un encouragement de plus à mettre fin à ses jours. Et  j’avais peur de la perdre, que tout s’arrête, de repasser à un cas lambda avec lequel il ne se passerait rien. J’avais peur. C’était la première fois que je ressentais une telle émotion. Pour une fois je n’avais pas envie que cela cesse, d’attendre que ça se passe. Non j’avais peur pour elle et pour moi à la fois. Pour une fois je m’intéressais à quelque ou plutôt à quelqu’un et ce quelqu’un c’était moi, même si c’était à travers elle. Mais se faire entendre par quelqu’un qui voulait pas écouter. Se faire entendre. C’est en comprenant que je n’y parviendrai sans doute jamais que je trouvai le moyen de la sauver, mais pour ce faire je devais la laisser jusqu’au bout, l’entraîner jusqu’à la dernière limite. C’était quitte ou double.<br />
Les jours se suivaient et sa situation devenait de plus en plus intolérable. Quant à moi je patientais, guettant en silence. Le premier mardi du mois de mars,  Bea prit la décision de passer à l’acte, au bord du quai, tout en bout de station. Déjà on apercevait au loin les phares du métro s’approcher. Il était tôt, la station quasiment déserte. Seule une vieille dame avec un immonde petit chien blanc attendait, mais à l’autre bout. Au moins la petite créature d’un blanc immaculée ne serait pas éclaboussée dans le cas où mon plan ne fonctionnerait pas. Les poings serrés, les muscles tendus, elle attendait prête et résignée. Le son de la rame devenait de plus en plus assourdissant. Je m’approchai alors d’elle et lui soufflait à l’oreille. Et après ? Qu’est ce qui se passera ? Dans quel état te retrouvera-t-on ? Qui te pleurera ? Qui t’oubliera ? Un torrent de questions déferlait dans sa tête. Certains gens savent écouter, elle vavait besoin de répondre. Des images ne tardèrent pas à suivre. D’abord d’elle dans l’instant présent, puis de son enfance, également de toutes celles qu’elle aurait pu devenir. Une multitude de scénarios se bousculaient dans sa tête. Une fois le mécanisme lancé elle ne pouvait plus s’empêcher de penser, mais cette fois ci elle entendait sa propre voix. Obsédée par l’idée de s’intéresser à quelque chose, elle avait oublié de s’intéresser à elle. Captivée par ses pensées, elle recula doucement de trois pas puis fit brusquement demi-tour et s’échappa de la station en courant. Il était temps pour elle de vivre, il était temps pour moi de disparaître. <br />
Depuis les humains se sont succédés, certains plus intéressants que d’autres . Mais peu m’importe, à travers leurs soucis ce sont maintenant mes problèmes que je tente de résoudre. En me servant d’eux et non plus en les subissant, ma mission m’apparaît sous un jour nouveau, bien plus épanouissante, pour moi en tout cas, pour eux également par la force des choses. Evidemment pour l’image de l’ange dévoué, n’existant que pour vous rendre heureux et pour qui seul importe votre bonheur ce n’est toujours pas ça. Et alors ? Qu’alliez vous donc vous imaginer ? <br />
<br />
]]></content:encoded><dc:creator>NYC</dc:creator><dc:date>2007-12-03T23:04:23+01:00</dc:date></item><item><title>Histoires d'eaux (1)</title><link>http://blog.nyc.gayattitude.com/20070818005148/histoires-d-eaux-1/</link><guid isPermaLink="true">http://blog.nyc.gayattitude.com/20070818005148/histoires-d-eaux-1/</guid><description>J'étais franchement vexé par ce qui venait de se passer et à vrai dire je ne savais plus trop quoi faire pour terminer de manière plus agréable cette soirée, évidemment le soir où Jérôme n'était pas disponible. Il n'était pas très tard, cependant les rues étaient à moitié vides, il faisait encore froid. Le ciel était vide, c'était la nouvelle lune, et je marchais dans cette nuit inutile et sans âme. Je pris alors Sebastopol pour me rendre dans un sauna où au moins il ferait chaud. En fait, c'était même le seul sauna potable qu'il restait. Celui dans lequel je rendais auparavant avait fermé après un incendie. D'ailleurs j'aurais vraiment aimé voir la tête des mecs entrain de se sucer dans le hammam quand el feu s'était déclaré, au moins la lumière des flammes leur aurait permis de voir la tête du gars à qui ils étaient en train de tailler une pipe et je me demandais si dans certains cas ce n'était pas encore une plus mauvais surprise que l'incendie en lui-même. Devant l'entrée du sauna un mec attendait assis sur un banc visiblement en train d'hésiter pour entrer, ce devait être sa première fois. Ce qui ne l'empêcha pas d'oublier toutes ses appréhensions une fois que j'eus passé le seuil de l'entrée.
La lilloise de l'accueil me donna une clef et une capote, et tandis que je descendais les escaliers pour les vestiaires, je croisais d'autres mecs qui s'en allaient, non sans me mater avec ce regard qui signifiait « merde, si j'avais su je serais resté une demi-heure de plus ». Je me déshabillais tout en regardant autour de moi avec lequel je pourrais éventuellement baiser. Mais si tous les regards étaient posés sur moi, le mien ne se posait sur personne en cet instant. J'allais directement dans le jacuzzi qui était à moitié plein. Je m'asseyais donc à côté de trois désormais incontournables lilloises, d'un gros d'une cinquantaine d'années visiblement passif qui, vautré sur le rebord du jacuzzi, faisait mine se relaxer alors qu'en fait il rendait ainsi plus accessible son cul en attendant qu'un doigt vienne à le trouver. Personne n'allait au sauna pour se relaxer et encore moins pour faire un sauna, il y avait des salles de sport pour cela. Les petites lilloises avaient gardé leur maillot de bain, les allumeuses étaient toujours les plus prudes. Et elles gloussaient joyeusement dans leur bain, jouaient à se tripoter, se racontaient leur déception par rapport à leur dernier plan cul, et surtout elles ne cessaient de me dévisager avec gourmandise même si je savais bien qu'elles ne tenteraient rien. Malgré leurs caquetages et leurs petits cris, la Lilloise n'était pas vraiment téméraire. 
Un autre vieux d'une quarantaine d'années entra à son tour dans le jacuzzi. La couleur fut immédiatement donnée lorsqu'en retirant sa serviette il exhiba fièrement un magnifique cockring argenté. A peine entré dans l'eau, il se mit à renifler bruyamment du poppers et commença à se masturber. Du coup je reviens légèrement sur ce que j'ai pu dire à l'instant. On ne vient pas au sauna pour se relaxer mais au moins on fait un minimum semblant, c'est une règle basique de savoir-vivre, on aurait sinon l'impression d'aller au Dépôt. Les trois lilloises ricanèrent de plus belles, mais en y regardant de plus près l'on voyaient bien qu'elles étaient émoustillées, espérant chacune que leurs deux autres camarades sortent du jacuzzi afin de pouvoir se faire défoncer sous poppers sans risquer de se faire juger par leurs copines. Finalement ce fut la plus acnéique des trois qui décida de surmonter sa crainte du qu'en dira-t-on et qui se mit à le sucer en plein milieu du jacuzzi, après comme tout premier contact (drague et préliminaires réunis) une très brève masturbation mutuelle. Il est des moments où le glauque devient franchement écoeurant, c'est à ce moment que je quittais le jacuzzi pour rejoindre les cabines. J'irais plus vite,et cela m'éviterait d'avoir deux laiderons en train de baiser just sous mon nez, au moins à l'étage, ils s'enfermaient.
</description><content:encoded><![CDATA[J’étais franchement vexé par ce qui venait de se passer et à vrai dire je ne savais plus trop quoi faire pour terminer de manière plus agréable cette soirée, évidemment le soir où Jérôme n’était pas disponible. Il n’était pas très tard, cependant les rues étaient à moitié vides, il faisait encore froid. Le ciel était vide, c’était la nouvelle lune, et je marchais dans cette nuit inutile et sans âme. Je pris alors Sebastopol pour me rendre dans un sauna où au moins il ferait chaud. En fait, c’était même le seul sauna potable qu’il restait. Celui dans lequel je rendais auparavant avait fermé après un incendie. D’ailleurs j’aurais vraiment aimé voir la tête des mecs entrain de se sucer dans le hammam quand el feu s’était déclaré, au moins la lumière des flammes leur aurait permis de voir la tête du gars à qui ils étaient en train de tailler une pipe et je me demandais si dans certains cas ce n’était pas encore une plus mauvais surprise que l’incendie en lui-même. Devant l’entrée du sauna un mec attendait assis sur un banc visiblement en train d’hésiter pour entrer, ce devait être sa première fois. Ce qui ne l’empêcha pas d’oublier toutes ses appréhensions une fois que j’eus passé le seuil de l’entrée.<br />
La lilloise de l’accueil me donna une clef et une capote, et tandis que je descendais les escaliers pour les vestiaires, je croisais d’autres mecs qui s’en allaient, non sans me mater avec ce regard qui signifiait « merde, si j’avais su je serais resté une demi-heure de plus ». Je me déshabillais tout en regardant autour de moi avec lequel je pourrais éventuellement baiser. Mais si tous les regards étaient posés sur moi, le mien ne se posait sur personne en cet instant. J’allais directement dans le jacuzzi qui était à moitié plein. Je m’asseyais donc à côté de trois désormais incontournables lilloises, d’un gros d’une cinquantaine d’années visiblement passif qui, vautré sur le rebord du jacuzzi, faisait mine se relaxer alors qu’en fait il rendait ainsi plus accessible son cul en attendant qu’un doigt vienne à le trouver. Personne n’allait au sauna pour se relaxer et encore moins pour faire un sauna, il y avait des salles de sport pour cela. Les petites lilloises avaient gardé leur maillot de bain, les allumeuses étaient toujours les plus prudes. Et elles gloussaient joyeusement dans leur bain, jouaient à se tripoter, se racontaient leur déception par rapport à leur dernier plan cul, et surtout elles ne cessaient de me dévisager avec gourmandise même si je savais bien qu’elles ne tenteraient rien. Malgré leurs caquetages et leurs petits cris, la Lilloise n’était pas vraiment téméraire. <br />
Un autre vieux d’une quarantaine d’années entra à son tour dans le jacuzzi. La couleur fut immédiatement donnée lorsqu’en retirant sa serviette il exhiba fièrement un magnifique cockring argenté. A peine entré dans l’eau, il se mit à renifler bruyamment du poppers et commença à se masturber. Du coup je reviens légèrement sur ce que j’ai pu dire à l’instant. On ne vient pas au sauna pour se relaxer mais au moins on fait un minimum semblant, c’est une règle basique de savoir-vivre, on aurait sinon l’impression d’aller au Dépôt. Les trois lilloises ricanèrent de plus belles, mais en y regardant de plus près l’on voyaient bien qu’elles étaient émoustillées, espérant chacune que leurs deux autres camarades sortent du jacuzzi afin de pouvoir se faire défoncer sous poppers sans risquer de se faire juger par leurs copines. Finalement ce fut la plus acnéique des trois qui décida de surmonter sa crainte du qu’en dira-t-on et qui se mit à le sucer en plein milieu du jacuzzi, après comme tout premier contact (drague et préliminaires réunis) une très brève masturbation mutuelle. Il est des moments où le glauque devient franchement écoeurant, c’est à ce moment que je quittais le jacuzzi pour rejoindre les cabines. J’irais plus vite,et cela m’éviterait d’avoir deux laiderons en train de baiser just sous mon nez, au moins à l’étage, ils s’enfermaient.<br />
]]></content:encoded><dc:creator>NYC</dc:creator><dc:date>2007-08-18T00:51:48+01:00</dc:date></item><item><title>... suivie d'une soirée ordinaire (4)</title><link>http://blog.nyc.gayattitude.com/20070818000013/-suivie-d-une-soiree-ordinaire-4/</link><guid isPermaLink="true">http://blog.nyc.gayattitude.com/20070818000013/-suivie-d-une-soiree-ordinaire-4/</guid><description>
Pendant ces dix minutes, le beauf avait eu le temps de terminer sa bière et d'en entamer sérieusement une autre. Son haleine empestait la Stella et il commençait à être vraiment chaud. Ses mains devenaient plus baladeuses, plus assurées, impossible de faire une phrase sans même me toucher. Je me laissais faire, cela restait suffisamment discret pour ne pas risquer de me casser un coup éventuel, et avec un peu de chance, peut être parviendrait il à provoquer chez moi un semblant d'érection. Je crois que je n'avais jamais couché avec un beauf, il est vrai que je préférais les beaux, mais il faudrait un jour que je tente l'expérience histoire de voir ce qu'était un très mauvais coup, qui de plus, j'en suis quasi certain, serait persuadé d'être le coup du siècle. 
Sauf que pendant que j'étais en train de réfléchir sur cet intéressant sujet, le beauf avait carrément pris la confiance et me caressait le cul sans complexe. Lorsque j'arrêtais sa main qui tentait de s'engouffrer dans mon pantalon, je levai les yeux et je le vis. Je ne l'avais pas vu entrer, mais pourtant il était là, à peine à deux mètres de moi ; et bien évidemment l'homme inaccessible me regardait. Lorsque mon regard croisa le sien, ses sourcils se levèrent et ses yeux se plissèrent de manière quasi imperceptible, mais c'est bien une sorte de mépris amusé que je lus dans son regard. Puis il retourna à sa discussion avec probablement un de ses amis, qui me tournait le dos. Les coïncidences m'arrivaient finalement rarement, j'avais plutôt l'habitude de provoquer les choses, mais lorsqu ‘elles arrivaient, elles m'étaient généralement malheureuses. Il fallait évidemment que l'homme inaccessible me voit dans un contexte dans lequel il serait amené à penser que j'étais un mec désespéré, qui n'avait rien trouvé d'autre pour prendre son pied que de se laisser tripoter par un quasi quadragénaire ventripotent et à moitié chauve, puant l'alcool et la sueur. Du coup j'envoyais méchamment balader le beauf en lui faisant comprendre que j'en avais fini de m'amuser avec lui. Je me dirigeai vers la sortie le plus discrètement possible en prenant soin d'éviter de croiser à nouveau le regard de l'homme inaccessible et ainsi de subir une nouvelle humiliation. C'est alors que je vis Julien à deux pas de la sortie. A croire que tout le monde s'était donné rendez-vous ce soir pour me faire chier. Je le contournais donc, le plus largement possible que le permettait l'exiguïté du lieu, tout en regardant dans la direction opposée. Il était inutile d'en rajouter en entamant un dialogue inutile. Et je n'avais qu'une envie : me retrouver le plus loin possible du regard de l'homme inaccessible. Il était tout juste vingt deux heures. Et c'était une soirée ordinaire. 
</description><content:encoded><![CDATA[<br />
Pendant ces dix minutes, le beauf avait eu le temps de terminer sa bière et d’en entamer sérieusement une autre. Son haleine empestait la Stella et il commençait à être vraiment chaud. Ses mains devenaient plus baladeuses, plus assurées, impossible de faire une phrase sans même me toucher. Je me laissais faire, cela restait suffisamment discret pour ne pas risquer de me casser un coup éventuel, et avec un peu de chance, peut être parviendrait il à provoquer chez moi un semblant d’érection. Je crois que je n’avais jamais couché avec un beauf, il est vrai que je préférais les beaux, mais il faudrait un jour que je tente l’expérience histoire de voir ce qu’était un très mauvais coup, qui de plus, j’en suis quasi certain, serait persuadé d’être le coup du siècle. <br />
Sauf que pendant que j’étais en train de réfléchir sur cet intéressant sujet, le beauf avait carrément pris la confiance et me caressait le cul sans complexe. Lorsque j’arrêtais sa main qui tentait de s’engouffrer dans mon pantalon, je levai les yeux et je le vis. Je ne l’avais pas vu entrer, mais pourtant il était là, à peine à deux mètres de moi ; et bien évidemment l’homme inaccessible me regardait. Lorsque mon regard croisa le sien, ses sourcils se levèrent et ses yeux se plissèrent de manière quasi imperceptible, mais c’est bien une sorte de mépris amusé que je lus dans son regard. Puis il retourna à sa discussion avec probablement un de ses amis, qui me tournait le dos. Les coïncidences m’arrivaient finalement rarement, j’avais plutôt l’habitude de provoquer les choses, mais lorsqu ‘elles arrivaient, elles m’étaient généralement malheureuses. Il fallait évidemment que l’homme inaccessible me voit dans un contexte dans lequel il serait amené à penser que j’étais un mec désespéré, qui n’avait rien trouvé d’autre pour prendre son pied que de se laisser tripoter par un quasi quadragénaire ventripotent et à moitié chauve, puant l’alcool et la sueur. Du coup j’envoyais méchamment balader le beauf en lui faisant comprendre que j’en avais fini de m’amuser avec lui. Je me dirigeai vers la sortie le plus discrètement possible en prenant soin d’éviter de croiser à nouveau le regard de l’homme inaccessible et ainsi de subir une nouvelle humiliation. C’est alors que je vis Julien à deux pas de la sortie. A croire que tout le monde s’était donné rendez-vous ce soir pour me faire chier. Je le contournais donc, le plus largement possible que le permettait l’exiguïté du lieu, tout en regardant dans la direction opposée. Il était inutile d’en rajouter en entamant un dialogue inutile. Et je n’avais qu’une envie : me retrouver le plus loin possible du regard de l’homme inaccessible. Il était tout juste vingt deux heures. Et c’était une soirée ordinaire. <br />
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Le bar ne désemplissait pas, bien au contraire, les nouveaux arrivants se succédaient semblables aux occupants déjà présents , constamment les mêmes chaussures, les mêmes t-shirts, les mêmes coupes de cheveux, les mêmes sourires et les mêmes regards, à croire que tous les homos avaient été conçus dans le même moule. C'était cela le phénomène de ghetto, croiser en permanence les mêmes individus d'un jour à l'autre, qui de plus étaient pratiquement identiques de l'un à l'autre ; finalement c'était comme si vous croisiez indéfiniment la même personne, il n'était donc pas étonnant de ressentir rapidement une impression de déjà-vu, de tourner en rond, ce dont se plaignaient la majorité des gens du milieu. Mais pourtant ils y restaient. Il faut dire que cette routine les rassurait, après avoir été en quête d'une identité pendant la majeure partie d leur adolescence, voilà qu'on leur en servait une prête à l'emploi sur un plateau imitation argent, il était alors difficile de ne pas céder à la facilité. Les codes du milieu vous dictaient comment vous habiller, quelle musique écouter, quelle expression prendre, de quelle manière parler, quels sujets aborder et quels commentaires exprimer, plus besoin de chercher votre moi, on vous en attribuait un tout-prêt. Alors pour ne pas sombrer trop rapidement dans une profonde lassitude, on avait inventé les changements de mode. Les règles changeaient régulièrement et rapidement, même très rapidement, la difficulté était alors de les suivre car la difficulté du mimétisme c'est que pour rester soi il fallait rester l'autre, si vous étiez différents, vous n'étiez plus. Mais entre risque potentiel d'être has-been et la difficulté de s'approprier sa propre personnalité, la majorité avait choisi. Etre dans le marais était finalement un peu comme être à Gattaca. Ensuite des sous-groupes se formaient dans cette communauté afin que soit respecté de manière illusoire l'individualisme de chacun, et chacun s'enfermait dans son petit mensonge, persuadé d'être plus intéressant et surtout d'avoir une personnalité plus riche que son voisin, alors qu'en réalité ils étaient rigoureusement identiques.
Comme la densité du bar ne faisait que s'accroître, la star et le beauf étaient quasiment collés à moi. J'avais lu une fois que l'espace intime d'une personne se délimitait par une sorte de cercle défini par la longueur des bras comme rayon, mais mon espace lui était défini par un rayon quasi-infini lorsqu'il s'agissait de personnages de ce type. Mais comme j'avais de m'amuser, je laissais pour cette fois de côté mes besoins d'intimité. C'est le beauf qui engagea la conversation en me faisant remarquer également que je serai encore plus charmant si je souriais, quelle originalité c'est ce que les loosers sortaient comme phrase dans quatre-vingt dix pourcents des cas. Je répondais donc par un sourire poli au lieu de me lancer dans une vaine explication, difficile de lui faire comprendre que l'on n'avait pas forcément envie de sourire lorsque l'on était juste à côté d'un gros con. J'attendais alors la seconde réplique qui serait inévitablement le « comment tu t'appelles ? », celle-ci arriva au bout de quinze secondes à peine. C'était toujours ce phénomène de mimétisme, même les manières d'aborder quelqu'un étaient les mêmes. Je connaissais par avance la quasi-totalité du dialogue qui allait se dérouler. Le beauf s'appelait Philippe, il était caissier chez Picard, il avait trente quatre ans (trente huit), il était actif, il aimait beaucoup la dernière compil de FG il n'avait été qu'une seule fois de toute sa vie au Dépôt n'y avait rien fait et il n'aimait pas le milieu. Voilà, tout était là,c'est comme cela que se résumait Philippe, tout comme Fabien de la veille et Patrick de l'avant-veille. Quant à moi, je répondais poliment, je faisait mine de m'intéresser à sa vie en acquiesçant aux moments opportuns, j'ajoutais pour qu'il me trouve extraordinaire et je me foutais ouvertement de sa gueule sans même qu'il s'en rende compte. 
Le beauf était à ma gauche et la star à ma droite. Je lui tournais à moitié le dos, du coup elle avait un mal fou à s'incruster, pourtant ce n'était pas faute d'avoir essayé. Ce la avait commencé par des regards insistants et emplis de l'espoir que je lui adresse la parole, des sourire et il me semblaient même avoir aperçu une ou deux moues la bouche en cœur. Puis devant mon manque évident de réaction, elle s'était alors franchement investie dans notre discussion ne manquant pas de rire bruyamment à chacune de mes petites notes d'humour. Mais comme je ne réagissais toujours pas, elle avait finie par s'en aller vexée, non sans avoir fait comprendre au barman pendant dix bonnes minutes qu'elle s'en allait, dans le but vain que ce denier la retienne. Un groupe de trois jeunes mecs un peu prudes s'installèrent alors à sa place. Comme le beauf commençait sérieusement à me saouler, je n'écoutais plus ce qu'il me racontait pour m'intéresser du coup à la discussion des trois nouveaux. Je n'avais plus besoin de me rendre intéressant, j'étais déjà extraordinaire à ses yeux, je me contentais donc juste d'hocher la tête ou de sortir un « oui » ou un « ça dépend » à des moments plus ou moins aléatoires pour faire mine d'être captivé par son discours, de toute façon comme il était déjà à moitié bourré, cela faisait largement l'affaire. J'écoutais alors les trois jeunes qui bien évidemment parlaient avec mépris du milieu dont ils faisaient parti. C'était de vraies collégiennes, les plans culs n'étaient pas pour eux, ils ne couchaient jamais le premier soir, ils attendaient le grand amour, c'était carrément Carrie, Mary et Laura Ingalls perdues dans Pédéland. Histoire d'en rajouter une couche, elles se mirent alors à parler de leur foi, de la religion catholique et compagnie, c'était finalement pire que des collégiennes, c'était carrément des bonnes sœurs. Du coup écoeuré devant ce déballage de bons sentiments, je ne tins qu'à peine dix minutes et me recentrait sur le beauf qui à défaut d'être intéressant était déjà un peu plus rock'n roll 
</description><content:encoded><![CDATA[<br />
Le bar ne désemplissait pas, bien au contraire, les nouveaux arrivants se succédaient semblables aux occupants déjà présents , constamment les mêmes chaussures, les mêmes t-shirts, les mêmes coupes de cheveux, les mêmes sourires et les mêmes regards, à croire que tous les homos avaient été conçus dans le même moule. C’était cela le phénomène de ghetto, croiser en permanence les mêmes individus d’un jour à l’autre, qui de plus étaient pratiquement identiques de l’un à l’autre ; finalement c’était comme si vous croisiez indéfiniment la même personne, il n’était donc pas étonnant de ressentir rapidement une impression de déjà-vu, de tourner en rond, ce dont se plaignaient la majorité des gens du milieu. Mais pourtant ils y restaient. Il faut dire que cette routine les rassurait, après avoir été en quête d’une identité pendant la majeure partie d leur adolescence, voilà qu’on leur en servait une prête à l’emploi sur un plateau imitation argent, il était alors difficile de ne pas céder à la facilité. Les codes du milieu vous dictaient comment vous habiller, quelle musique écouter, quelle expression prendre, de quelle manière parler, quels sujets aborder et quels commentaires exprimer, plus besoin de chercher votre moi, on vous en attribuait un tout-prêt. Alors pour ne pas sombrer trop rapidement dans une profonde lassitude, on avait inventé les changements de mode. Les règles changeaient régulièrement et rapidement, même très rapidement, la difficulté était alors de les suivre car la difficulté du mimétisme c’est que pour rester soi il fallait rester l’autre, si vous étiez différents, vous n’étiez plus. Mais entre risque potentiel d’être has-been et la difficulté de s’approprier sa propre personnalité, la majorité avait choisi. Etre dans le marais était finalement un peu comme être à Gattaca. Ensuite des sous-groupes se formaient dans cette communauté afin que soit respecté de manière illusoire l’individualisme de chacun, et chacun s’enfermait dans son petit mensonge, persuadé d’être plus intéressant et surtout d’avoir une personnalité plus riche que son voisin, alors qu’en réalité ils étaient rigoureusement identiques.<br />
Comme la densité du bar ne faisait que s’accroître, la star et le beauf étaient quasiment collés à moi. J’avais lu une fois que l’espace intime d’une personne se délimitait par une sorte de cercle défini par la longueur des bras comme rayon, mais mon espace lui était défini par un rayon quasi-infini lorsqu’il s’agissait de personnages de ce type. Mais comme j’avais de m’amuser, je laissais pour cette fois de côté mes besoins d’intimité. C’est le beauf qui engagea la conversation en me faisant remarquer également que je serai encore plus charmant si je souriais, quelle originalité c’est ce que les loosers sortaient comme phrase dans quatre-vingt dix pourcents des cas. Je répondais donc par un sourire poli au lieu de me lancer dans une vaine explication, difficile de lui faire comprendre que l’on n’avait pas forcément envie de sourire lorsque l’on était juste à côté d’un gros con. J’attendais alors la seconde réplique qui serait inévitablement le « comment tu t’appelles ? », celle-ci arriva au bout de quinze secondes à peine. C’était toujours ce phénomène de mimétisme, même les manières d’aborder quelqu’un étaient les mêmes. Je connaissais par avance la quasi-totalité du dialogue qui allait se dérouler. Le beauf s’appelait Philippe, il était caissier chez Picard, il avait trente quatre ans (trente huit), il était actif, il aimait beaucoup la dernière compil de FG il n’avait été qu’une seule fois de toute sa vie au Dépôt n’y avait rien fait et il n’aimait pas le milieu. Voilà, tout était là,c’est comme cela que se résumait Philippe, tout comme Fabien de la veille et Patrick de l’avant-veille. Quant à moi, je répondais poliment, je faisait mine de m’intéresser à sa vie en acquiesçant aux moments opportuns, j’ajoutais pour qu’il me trouve extraordinaire et je me foutais ouvertement de sa gueule sans même qu’il s’en rende compte. <br />
Le beauf était à ma gauche et la star à ma droite. Je lui tournais à moitié le dos, du coup elle avait un mal fou à s’incruster, pourtant ce n’était pas faute d’avoir essayé. Ce la avait commencé par des regards insistants et emplis de l’espoir que je lui adresse la parole, des sourire et il me semblaient même avoir aperçu une ou deux moues la bouche en cœur. Puis devant mon manque évident de réaction, elle s’était alors franchement investie dans notre discussion ne manquant pas de rire bruyamment à chacune de mes petites notes d’humour. Mais comme je ne réagissais toujours pas, elle avait finie par s’en aller vexée, non sans avoir fait comprendre au barman pendant dix bonnes minutes qu’elle s’en allait, dans le but vain que ce denier la retienne. Un groupe de trois jeunes mecs un peu prudes s’installèrent alors à sa place. Comme le beauf commençait sérieusement à me saouler, je n’écoutais plus ce qu’il me racontait pour m’intéresser du coup à la discussion des trois nouveaux. Je n’avais plus besoin de me rendre intéressant, j’étais déjà extraordinaire à ses yeux, je me contentais donc juste d’hocher la tête ou de sortir un « oui » ou un « ça dépend » à des moments plus ou moins aléatoires pour faire mine d’être captivé par son discours, de toute façon comme il était déjà à moitié bourré, cela faisait largement l’affaire. J’écoutais alors les trois jeunes qui bien évidemment parlaient avec mépris du milieu dont ils faisaient parti. C’était de vraies collégiennes, les plans culs n’étaient pas pour eux, ils ne couchaient jamais le premier soir, ils attendaient le grand amour, c’était carrément Carrie, Mary et Laura Ingalls perdues dans Pédéland. Histoire d’en rajouter une couche, elles se mirent alors à parler de leur foi, de la religion catholique et compagnie, c’était finalement pire que des collégiennes, c’était carrément des bonnes sœurs. Du coup écoeuré devant ce déballage de bons sentiments, je ne tins qu’à peine dix minutes et me recentrait sur le beauf qui à défaut d’être intéressant était déjà un peu plus rock’n roll <br />
]]></content:encoded><dc:creator>NYC</dc:creator><dc:date>2007-08-11T13:42:48+01:00</dc:date></item><item><title>... suivie d'une soirée ordinaire (2)</title><link>http://blog.nyc.gayattitude.com/20070811124915/-suivie-d-une-soiree-ordinaire-2/</link><guid isPermaLink="true">http://blog.nyc.gayattitude.com/20070811124915/-suivie-d-une-soiree-ordinaire-2/</guid><description>Les autres drags ne semblaient pas vraiment approuver leur camarade, même de sa part, c'était tout de même un peu trop désespéré comme manière d'agir et elles commençaient à s'écarter légèrement pour retourner à leurs affaires avec les trois mecs qui du coup avaient été lassés pour compte. La lilloise était maintenant prise entre le beauf derrière et la drag devant, chacun y allant de ses petites ondulations de bassin, même si de mon avis, le beauf semblait plus tituber qu'onduler. Ce dernier caressait la lilloise, emballait la drag et matait le barman en attente d'une quelconque réaction de sa part. Mais celui-ci détourna rapidement son attention quand un groupe de trois jeunes minets BCB entrèrent, le type même du fils à papa mais qui sent le sexe à 10 kilomètres. Ils me rejoignirent à l'autre bout du bar, non sans avoir jeté un regard dédaigneux sur le show qui se déroulait alors. En plus de sentir le sexe, ils puaient le fric, ceinture Gucci, paire de Prada, chemise Kenzo, à peine majeurs et ils avaient déjà dévalisé la moitié de l'avenue Montaigne ; c'était les mêmes que l'on voyait errer le regard vide et la mine blasée la nuit au Baron ou au Cab. La Gold et le compte alimenté par Papa les avaient grandir trop vite, tout leur était déjà acquis et leur vie n'était qu'une perpétuelle répétition sans but, sans surprise et sans difficulté.
Ils commandèrent chacun une coupe,que le barman s'empressa de leur servir, non sans avoir précisé à l'un d'entre eux (probablement) le plus jeune qu'il était bien plus mignon quand il souriait. Evidemment cette réplique fit mouche, ils jouaient aux adultes mais n'étaient finalement que des enfants, le moindre compliment et tout s'emballait. Leur façade était décidément bien fragile, je ne le savais que trop après en avoir mis plus d'un dans mon lit. Le barman entama alors franchement la discussion, tout en sachant que tout était déjà gagné d'avance. Il devait avoir au plus dix-huit ans, les cheveux bruns mi-longs, les yeux clairs et le teint légèrement hâlé. Il portait une chemise blanche cintrée et parfaitement coupée, un bracelet Dinh Van, un Diesel orné d'une ceinture Gucci et des chaussures de ville, probablement des Kenzo en cuir vieilli. Son visage exprimait l'assurance tandis que ses yeux trahissaient le doute. Il s'appelait Pierre. C'est alors que la star revint, avançant d'un pas assuré vers le bar et surtout vers le barman. Il n'avait plus qu'une chose à faire, jouer la bonne copine avec Pierre. De l'autre côté le trio nymphomane commençait à se calmer vu qu'il n'était plus vraiment le centre ‘attention et surtout que le beauf commençait à s'ennuyer du barman. De son côté la star n'arrivait pas vraiment à engager la discussion avec Pierre, différence de milieu social probablement.
C' est alors que l'improbable se produit, le beauf vint vers moi et commença à m'allumer, tentant de conquérir ainsi de nouveau l'attention du barman ; la star le prenant en exemple engagea alors la même démarche. Et  moi j'étais là, assis tranquillement sur mon tabouret, quand ces deux connards commencèrent à me déblatérer leurs conneries. Le beauf empestait l'alcool, la star empestait Le mâle de Gaulthier. Etant donné que je n'avais rien d'autre à faire dans la demi-heure qui suivait et que dans tout e la clientèle du bar, aucun n'était réellement baisable, je décidais de jouer le jeu.
</description><content:encoded><![CDATA[Les autres drags ne semblaient pas vraiment approuver leur camarade, même de sa part, c’était tout de même un peu trop désespéré comme manière d’agir et elles commençaient à s’écarter légèrement pour retourner à leurs affaires avec les trois mecs qui du coup avaient été lassés pour compte. La lilloise était maintenant prise entre le beauf derrière et la drag devant, chacun y allant de ses petites ondulations de bassin, même si de mon avis, le beauf semblait plus tituber qu’onduler. Ce dernier caressait la lilloise, emballait la drag et matait le barman en attente d’une quelconque réaction de sa part. Mais celui-ci détourna rapidement son attention quand un groupe de trois jeunes minets BCB entrèrent, le type même du fils à papa mais qui sent le sexe à 10 kilomètres. Ils me rejoignirent à l’autre bout du bar, non sans avoir jeté un regard dédaigneux sur le show qui se déroulait alors. En plus de sentir le sexe, ils puaient le fric, ceinture Gucci, paire de Prada, chemise Kenzo, à peine majeurs et ils avaient déjà dévalisé la moitié de l’avenue Montaigne ; c’était les mêmes que l’on voyait errer le regard vide et la mine blasée la nuit au Baron ou au Cab. La Gold et le compte alimenté par Papa les avaient grandir trop vite, tout leur était déjà acquis et leur vie n’était qu’une perpétuelle répétition sans but, sans surprise et sans difficulté.<br />
Ils commandèrent chacun une coupe,que le barman s’empressa de leur servir, non sans avoir précisé à l’un d’entre eux (probablement) le plus jeune qu’il était bien plus mignon quand il souriait. Evidemment cette réplique fit mouche, ils jouaient aux adultes mais n’étaient finalement que des enfants, le moindre compliment et tout s’emballait. Leur façade était décidément bien fragile, je ne le savais que trop après en avoir mis plus d’un dans mon lit. Le barman entama alors franchement la discussion, tout en sachant que tout était déjà gagné d’avance. Il devait avoir au plus dix-huit ans, les cheveux bruns mi-longs, les yeux clairs et le teint légèrement hâlé. Il portait une chemise blanche cintrée et parfaitement coupée, un bracelet Dinh Van, un Diesel orné d’une ceinture Gucci et des chaussures de ville, probablement des Kenzo en cuir vieilli. Son visage exprimait l’assurance tandis que ses yeux trahissaient le doute. Il s’appelait Pierre. C’est alors que la star revint, avançant d’un pas assuré vers le bar et surtout vers le barman. Il n’avait plus qu’une chose à faire, jouer la bonne copine avec Pierre. De l’autre côté le trio nymphomane commençait à se calmer vu qu’il n’était plus vraiment le centre ‘attention et surtout que le beauf commençait à s’ennuyer du barman. De son côté la star n’arrivait pas vraiment à engager la discussion avec Pierre, différence de milieu social probablement.<br />
C’ est alors que l’improbable se produit, le beauf vint vers moi et commença à m’allumer, tentant de conquérir ainsi de nouveau l’attention du barman ; la star le prenant en exemple engagea alors la même démarche. Et  moi j’étais là, assis tranquillement sur mon tabouret, quand ces deux connards commencèrent à me déblatérer leurs conneries. Le beauf empestait l’alcool, la star empestait Le mâle de Gaulthier. Etant donné que je n’avais rien d’autre à faire dans la demi-heure qui suivait et que dans tout e la clientèle du bar, aucun n’était réellement baisable, je décidais de jouer le jeu.<br />
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