J'écoute : plein, plein de choses et très très bien. Et je chante aussi.
Je regarde : mes mains
Je lis : les bienveillantes (et ça fait un bout de temps)
Je joue : à faire de bonnes résolutions
Je mange : les sablés au chocolat bonne mamant avec du thé pleine lune de chez mariage frère et c'est tres bon.
Je bois : du vin (et ça fait un bout de temps)
Je cite : Le quelconque reste trop répandu tandis que l'exceptionel demeure trop rare (NYC)
Je pense : et ça me fatigue
Je rêve : et j'aime ça, ça m'empêche de penser
(mis à jour lundi 19 mars 2007 à 01:17)

15/08/2008

15/08/08 - 01:16

Encore encore

Elle restait assise en face de lui dans cette minuscule cuisine, si petite qu’une sensation d’étouffement ne tarda pas à la gagner. Cet espace si réduit, si étroit, si confiné qu’il semblait compresser toutes ses pensées dans sa tête, les empêchant de se libérer et de formuler une réponse juste aux mots qu’il avait prononcés. Ces cinq mots justes, précis, d’une sincérité insoutenable qui l’avaient percuté d’un coup sec, faisant basculer le calme et la joie qui l’habitaient en un chaos dans lequel ses émotions et ses pensées avaient alors du mal à cohabiter. Ces cinq mots qu’il avait prononcé de cet air confiant qui le caractérisait tant. « J’ai besoin d’aller voir ailleurs » lui avait-il dit.

Dans ces moments, c’était elle qui aurait souhaité être ailleurs songea-t-elle tandis que son regard s’attardait sur la porte de la cuisine avant de revenir à nouveau sur son interlocuteur, ses yeux trahissant le flot de pensées la submergeant en ce moment même. Partir, rétorquer, rester, protester, accepter, tout se bousculait. Pardonner, regretter, ignorer, attaquer, elle était complètement perdue, ne savait plus quoi faire. Mais bien sûr qu’elle savait, elle avait toujours su. Elle avait déjà joué et rejoué cette scène dans ses pensées les plus grises, dans ses moments les plus mélancoliques, dans ses anticipations les plus pessimistes. Elle avait toujours su.

Elle avait déjà vu cette discussion dans cette même cuisine. Elle s’était vue se lever de son siège, le regarder d’un air détaché mais non glacial, sans agressivité. Non, avec ce calme qu’il appréciait tant, qui l’avait sans doute séduit au départ. Supporter son regard à lui, ne pas ciller et lui répondre, calmement toujours, qu’elle préférait ne pas passer la nuit avec lui ce soir. Elle s’imaginait alors franchir la porte de la cuisine, celle qui était ouverte maintenant à sa droite, traverser l’entrée tandis qu’il restait assis seul et qu’elle ouvrait la porte d’entrée et enfin sortir de cet appartement. Et après ?

Son scénario imaginaire s’était toujours arrêté à cet instant, mais à présent que les évènements devenaient réels, ils lui paraissaient bien plus incertains. Elle savait très bien de quelle manière agir dans les trente secondes qui suivraient mais n’avait aucune idée des choses qui suivraient dans les prochaines heures, les jours suivants et même le reste de sa vie.

Sa vie qu’elle ne parvenait pas à prendre en main, et c’était sans doute cela. Bien plus que les murs étouffants de la cuisine, bien plus que son regard insistant posé sur elle (depuis combien de temps ? deux secondes ? trois minutes ?), c’était cette vie qui lui échappait et qui ne semblait pas dépendre de sa seule volonté, qui la tétanisait sur ce siège froid et métallique, qui la maintenait de force comme aimantée. Elle, immobile, et toutes ces pensées semblant tourbillonner autour d’elle et du siège, qui tel un ami l’empêchait de se perdre entièrement, tel un traître la séquestrait dans ce piège. Et lui en face, attendant, impassible, spectateur, comme quelqu’un ayant déclenché une réaction en chaîne, mais ne s’attardant pas sur les divers mécanismes, attendait simplement de voir ce qu’il trouverait au bout de la chaîne.

Il l’épiait, la guettait. Tout dans cette cuisine semblait être à l’affût de sa réaction, de la lumière blafarde aux quelques photos accrochées au mur, tout semblait poser sur elle le même regard inquisiteur et c’est alors qu’elle parvint à les ignorer et se recentrer sur elle-même.

Elle se leva, soutint son regard, lui annonça calmement qu’elle ne passerait pas la nuit chez lui. Et tandis qu’elle franchissait la porte de la cuisine, qu’elle traversait l’entrée, qu’elle s’approchait de la porte, elle serrait ses mâchoires du plus fort qu’elle le pouvait, comme pour se maintenir en elle-même, elle serrait avec une pression intense, elle serrait pour s’empêcher de faire demi-tour.

commentaires

01/09/08 - 12:53

Tu vois, je passe encore lire ici :) Et je trouve que c'est toujours aussi bien. Question, cependant : c'est quoi tout ça, un ensemble d'extraits ou des textes qui te viennent comme ça et que tu éprouves le besoin de publier soudain ?

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