J'écoute : plein, plein de choses et très très bien. Et je chante aussi.
Je regarde : mes mains
Je lis : les bienveillantes (et ça fait un bout de temps)
Je joue : à faire de bonnes résolutions
Je mange : les sablés au chocolat bonne mamant avec du thé pleine lune de chez mariage frère et c'est tres bon.
Je bois : du vin (et ça fait un bout de temps)
Je cite : Le quelconque reste trop répandu tandis que l'exceptionel demeure trop rare (NYC)
Je pense : et ça me fatigue
Je rêve : et j'aime ça, ça m'empêche de penser
(mis à jour lundi 19 mars 2007 à 01:17)

01/09/2008

01/09/08 - 23:35

Là j'avoue c'est vraiment long, et que le début en plus.

Il était à peine neuf heures, mais déjà la rue de Rivoli commençait à se remplir, les trottoirs devenaient trop étroits. Les gens avançaient pour la plupart d’un pas rapide, tête baissée, courrant après un objectif qui leur était propre, ils se croisaient sans même se regarder, perdus dans leurs pensées. Un jeune homme au teint blafard n’hésita pas à bousculer une vieille femme qui visiblement n’avançait pas assez vite à son goût. C’était un jour ordinaires où les autres ne représentaient qu’une contrainte supplémentaire dans le déroulement pénible de sa journée. Au même instant une voiture emboutit un scooter surgissant de nulle part. Certains s’arrêtèrent pour regarder avec plus d’attention ce spectacle qui les distrairait brièvement de leur quotidien. Le vent frais qui s’engouffrait les amenait à se replier encore plus sur eux même, col relevé, menton rentré et épaules haussées. Ils étaient pour la plupart tous emmitouflés dans de larges manteaux, de lourdes écharpes, le mois de Février cette année était particulièrement froid. Parmi eux, un homme avançait en se démarquant légèrement de la foule. Agé d’une quarantaine d’années, les cheveux courts légèrement grisonnants au niveau des tempes, il était pourtant vêtu classiquement d’un costume strict à la coupe élégante, d’une fine écharpe en cachemire et tenait de la main droite une sacoche noire en cuir. Plutôt que par son allure, il se différenciait des autres par son attitude. Il marchait d’un pas franc énergique, contrairement aux autres qui semblaient s’évite, lui avait l’air prêt leur marcher dessus ce qui était d’autant plus accentué par sa grande taille, environ 1m90. Tandis que les piétons regardaient le sol ou les vitrines encore plus aguicheuses qu’à l’accoutumée en cette période des soldes d’hiver, lui fixait droit devant lui d’un regard assuré et clair comme ses yeux. On avait l’impression que les gens s’écartaient sur son passage, comme si son assurance l’entourait d’un rempart invisible. Enfin il ralentit son allure puis s’engouffra dans un des immeubles de la rue, juste à côté d’un magasin de vêtements, laissant les autres dans leur curieuse passivité. À côté de la lourde porte verte se trouvait une plaque en bronze fixée sur le mur sur laquelle était sobrement écrite en lettres noire ELC.

Eric Lachapelle pénétra dans l’ascenseur de verre et pressa le bouton inscrit d’un 6. L’immeuble entier appartenait à la société, le sixième étage était celui de la direction. Plus l’ascenseur s’élevait et plus à l’assurance de son visage se lisait une sorte d’excitation. Ce n’était pas une journée ordinaire. Après des mois et des mois d’efforts acharnés, son projet allait enfin le jour. Un projet d’une envergure sans précédent, qui allait reléguer tous les outils de communication et de marketing à une autre ère. La naissance d’A/MOR était imminente. Il songea à ses débuts, quand fraîchement diplômé d’une prestigieuse école de commerce parisienne, il avait été embauché par cette succursale d’une des plus grandes boîtes de communication américaine. Peu de personnes auraient visé dès le départ une entreprise d’une telle importance mais Eric n’avait jamais eu peur de ses ambitions. Son entretien d’embauche avait pris des allures de campagne publicitaire tant il avait réussi à se mettre en valeur en employant des mots forts et autres démonstrations montrant l’utilité qu’il pourrait avoir pour ses futurs employeurs dans le court temps qui lui était imparti. Il avait toujours su mettre en valeur le besoin des gens et leur donner de quoi le combler. Il effectua un parcours sans faute, notamment grâce idées créatives, parfois transgressives et surtout une assurance et une motivation inébranlables. Depuis quelques années déjà, il était devenu un des principaux associés de la branche française, mais il trouvait cela insuffisant, il ne comptait pas s’arrêter en si bon chemin. Communicator était une des boîtes de pub les plus courtisées, principalement grâce à ses résultats fulgurants et efficaces, même si les moyens pour y parvenir restaient quelquefois contestables. Ils avaient par exemple été les premiers, sous l’impulsion d’Eric, à recourir à l’utilisation d’images subliminales dans les spots publicitaires. Et alors ? D’ici moins de vingt quatre heure, ils s’apprêtaient à balayer les derniers tabous dans le domaine du commercial, pour développer un outil marketing d’une efficacité jamais encore atteinte, ni même envisagée. Il esquissa un léger sourire de contentement quand les portes de l’ascenseur s’ouvrirent.
Il entra dans son bureau et s’assit dans un confortable fauteuil de cuir noir. Certaines familles s’efforçaient de survivre dans un vingt mètres, c’était la surface de son bureau, quoique ces derniers mois il avait plutôt eu l’impression d’y vivre. La décoration était simple, moderne, aucune autre couleur que le blanc et le noir. Cette atmosphère froide et impersonnelle lui permettait de mieux se concentrer. Il effleura brièvement son alliance. Il lui arrivait presque d’oublier qu’il était marié par moment tant son travail l’accaparait. Mais c’était son choix, sa vie de couple n’avait jamais été une de ses priorités et elle lui suffisait largement sans qu’il n’ait besoin de s’y investir davantage.

- Bonjour M. Lachapelle. Tout le monde est prêt, la réunion débutera dans vingt-cinq minutes dans la grande salle.
Merci Sarah répondit il tandis que la jeune femme lui déposait une tasse de café et les derniers compte rendus sur son bureau revêtu d’un cuir noir.
- Autre chose ?
- Non ça ira... Si allez juste vérifier que les plaquettes sont bien installées dans la salle de la réunion, je n’ai pas envie de prendre un quart d’heure à les retrouver comme la dernière fois.
Tandis que la jeune femme s’éloignait, le regard d’Eric s’attarde sur l’agréable relief que dessinaient ses fesses dans sa jupe rouge. Bergan lui avait trouvé Sarah, il y avait trois mois depuis que sa précédente assistante avait fait la connerie de tomber enceinte, et pour le coup il ne s’était pas planté. Elle était d’une efficacité remarquable, Eric se demandait même si elle ne lisait pas dans ses pensées par moments, tant elle agissait de manière autonome. C’était ce qu’Eric attendait d’une assistante, combler ses besoins avant même qu’il n’ait besoin de les exprimer ni même de les ressentir. Et Sarah y parvenait à merveille. De plus c’était une belle femme. De longs cheveux bruns, une bouche dessinée, des courbes gracieuses, et une poitrine généreuse, tout ce qui lui plaisait. Elle était à l’image de ses working girls new-yorkaises très en vogue actuellement, mais en gardant sur son visage une douceur et un mystère si typique des parisiennes. Pourtant son expérience professionnelle était plus que limitée Elle avait eu du mal à trouver sa voie avait elle expliqué à Bergan lors de son entretien, mais ce dernier avait quand même pris le risque de l’embaucher, flairant que cette fille avait un potentiel plus qu’alléchant. Hélas elle ne semblait pas très ouverte à l’idée d’une promotion canapé comme certaines de ses prédecesseuses qui n’avaient pas hésité à écarter les jambes sans même qu’il demande quoi que soit. Il n’était pas con au point de foutre en l’air sa carrière pour une sordide histoire de harcèlement sexuel, mais le pouvoir suffisait généralement pour que les femmes viennent d’elles-mêmes sans rien avoir à provoquer, mais Sarah ne semblait pas être de ces femmes-là. Dommage songea Eric en relisant le rapport de la dernière campagne de pub pour une grande marque de cosmétique.

C’était évidemment un nouveau succès. Sortir un nouveau de fond de teint sur le marché avait été délicat. Depuis la multiplication des produits, il devenait de plus en plus délicat de s’imposer. Et pourtant. Alors que les campagnes classiques prônaient un message du genre « avec notre produit, vous serez plus belles », Communicator avait adopté une démarche bien plus agressive véhiculant l’idée que « sans ce fond de teint vous ne serez rien». c’était toute la ligne directrice de leurs dernières campagnes, au lieu de montrer que l’objet pouvait embellir la vie des gens, on leur faisait croire que sans lui, la vie n’avait pas de sens. Créer le manque pour vendre était d’une efficacité redoutable. Ainsi le slogan « Ayez enfin une peau » avait été un carton notamment grâce à une mise en scène astucieuse, alors que d’autres se seraient contentés d’un simple « Sublimez votre teint » ou autre flatterie pathétique. Cela n’avait pas toujours été facile, notamment aux débuts. Les clients avaient du mal avec l’idée que l’on vienne casser l’image de leurs consommateurs. Alors qu’habituellement on les sublimait, avec notre produit vous deviendrez quelqu’un d’exceptionnel, le message de Communicator était plus violent, avec ce produit vous serez au moins comme les autres, mais sans ce produit vous n’êtes rien. Le besoin primaire des gens n’était pas de s’individualiser, mais au contraire de s’intégrer. Ils n’étaient pas à la recherche d’une identité qui leur soit propre, mais d’une identité conforme à des critères qu’on leur avait inculqué depuis leurs plus jeunes années. Dans une société devenue si conformiste, il ne servait à rien de tenter de les mettre en marge mais au contraire de les y intégrer. Jouer sur la peur de solitude et de marginalisation des consommateurs. Cela aurait été sans doute impossible une quarantaine d’années plus tôt, mais à présent les gens étaient prêts à avaler n’importe quoi. Le sentiment de solitude s’était particulièrement accru, notamment grâce à Internet et ses pseudos relations informatisées. Ils se confortaient alors dans une vie sociale virtuelle, mais au final, ils restaient seuls, ils avaient créé eux-mêmes le manque. L’essor de la téléralité avait été un autre indicateur. Les gens regardaient vivre les autres avec grand intérêt même si ces derniers se contentaient de s’emmerder dans un loft aux couleurs criardes et à la déco Ikéa. Il ne se passait strictement rien, pourtant les téléspectateurs les regardaient avec envie, un peu comme le petit obèse à lunettes au collège regarde de loin le groupe des rebelles de sa classe fumer leurs premiers joints. On jouait sur le besoin d’intégration des gens, et la télévision le leur avait donné en leur permettant de voter pour savoir qui restait et qui partait, leur permettant ainsi de participer indirectement à la vie sociale de tout ce petit groupe qu’il suivait quotidiennement. Les gens avaient développé une si faible estime d’eux-mêmes qu’il était maintenant possible de les assimiler à des sous-merdes s’ils n’utilisaient pas le produit qu’on voulait leur vendre, ils étaient devenus si seuls qu’ils étaient prêts à entendre n’importe quoi du moment qu’on leur promettait de les insérer dans la société, de les rendre comme les autres. Un autre exemple d’Internet avait été l’engouement des gens pour participer à des réseaux virtuels, Facebook, Myspace, 2nd Life, bénéficiaient d’un succès incroyable. Ils permettaient d’appartenir à une communauté, de se sentir en quelque sorte citoyen au sein d’une population virtuelle. Il est vrai que les codes de la société réelle avaient évolué d’une telle manière qu’il devenait de plus en plus difficile de s’y sentir intégré. Par exemple sur le plan physique, les standards dictés par l’industrie de la mode avaient tellement été intégrés qu’à moins d’être anorexique ou bodybuildé vous vous sentiez déjà en marge de la société. Il en était de même de la réussite sociale, avec l’essor des tremplins comme la Star Academy ou la Nouvelle Star, tout le monde devenait célèbre, ce n’était plus considéré comme un privilège mais plus comme une normalité. Là encore, si vous ne l’étiez pas, c’est vous qui étiez exclus.

Ainsi, il n’avait pas fallu beaucoup de temps pour que la démarche marketing de Communicator ne prouve son efficacité et son public, elle était alors devenue une référence dans le domaine de la communication et les budgets alloués à chaque campagne de pub atteignaient maintenant des sommes astronomiques. Du jamais vu ! La qualité avait un prix. Hélas les concurrents ne tardèrent pas à s’emparer de ces idées, d’abord frileux ils étaient devenus envieux devant le succès rencontré et n’hésitèrent pas à mettre de côté leur politiquement correct pour rentrer également dans un message agressif et culpabilisateur.On ne brossait plus le consommateur dans le sens du poil, au contraire on n’hésitait pas à l’engueuler. Il était hors de question que Communicator se fasse bouffer son marché par de pâles imitateurs, Eric avait donc décidé de frapper encore plus fort en lançant le projet A.M.O.R., tellement subversif qu’il ne risquait pas d’être rattrapé de sitôt. Le statut de leadership de Communicator allait être installé pour de longues années, il en était persuadé, sa boîte allait prendre une longueur d’avance inconcevable. Tous les standards de la publicité allaient être balayés. Il sentait, on arrivait à l’épuisement de la mécanique, c’est ainsi que le projet s’était mis en place, non pas en reprenant et en affinant un schéma fait et refait, mais en adoptant une approche entièrement différente, n’hésitant à renverser les derniers à priori dans lesquels le système s’était embourbé. Plus qu’une révolution, c’était carrément une renaissance. Eric jeta un œil sur sa Rolex, il était temps de l’ultime réunion avant le coup d’envoi du projet. Dès demain, il allait priver les gens d’amour.



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Le cri strident du réveil déchira le silence de ma nuit. 7 :00 clignotait en caractères rouges, comme un rappel marqué de sang dans l’obscurité de la pièce. Je n’avais jamais aimé les réveil-matins, et encore moins les réveils. Particulièrement celui là. Une migraine m’encerclait le crâne, le moindre mouvement réveillait une douleur comme une compression dans mon front. J’avais la bouche sèche, pâteuse, j’avais soif, j’avais encore trop bu. En plus de reliquats alcooliques de la veille, quelque chose d’autre me perturbait, je ne savais pas quoi, mais il y avait un truc qui ne collait pas, d’inhabituel, en trop. Comme une présence excédentaire. Celle-ci ne tarda pas à se manifester. On m’encercla. Un bras. Je reprenais peu à peu conscience et perçus alors la respiration de l’autre. Il ne dormait plus, j’en étais persuadé à l’irrégularité de son souffle. L’étau se resserra un peu plus fort autour de ma taille, la douleur dans mon crâne s’exacerba. Alors que je tentais de me dégager, la prise se fit plus assurée, plus ferme. Les évènements de la veille me revenaient en mémoire.

Ce verre qui en avait suivi un autre, qui lui même était la continuité du précédent, j’avais alors du le ramasser dans un bar, à moitié ivre mort et ne voulant pas rentrer seul, comme cela m’arrivait souvent. Mais dans quel bar ? Et à quoi ressemblait l’autre? Impossible de m’en rappeler. Je tentais de distinguer son visage mais la pénombre était trop profonde. J’avais le sentiment que lui aussi m’observait, me guettait. Est ce que lui aussi ne se souvenait pas de la veille ? Il n’avait pas l’air plus perturbé que ça, j’avais même l’intuition à sa respiration et à la façon dont il me touchait qu’il était content. Sa main devenait plus insistante, plus enhardie. Je me détournai un peu brusquement et allumai la lumière. Effectivement l’autre m’observait, il avait les yeux déjà ouverts, et comme j’avais pu le présumer, il avait l’air heureux Il n’était pas beau, pas complètement laid non plus, quelconque, insipide. Je me rappelais maintenant être rentré avec lui, avoir passé ma soirée à l’emballer sur la piste de danse quasi déserte avant la fermeture, par contre impossible de me rappeler comment nous avions pu nous aborder. Ni comment il s’appelait, ni même si nous nous étions présentés d’ailleurs. « Bonjour Jérémie « me lança-il comme une bribe de réponse à mes interrogations. Nous avions donc fait les présentations, mais je n’étais pas plus avancé sur son prénom. C’est alors qu’il commença à s’approcher dangereusement, ses lèvres surtout. Je sortais des restes de mon sommeil immédiatement, me retournai et me levai pour esquiver l’assaut soudain.

« Ca va ? Bien dormi » s’enquit il
« Un peu court à mon goût, mal au crâne » marmonnai je. « Et je vais être à la bourre » m’empressais- je d’ajouter pour l’orienter sur la voie du départ. Mais l’autre ne semblait pas comprendre et tendit un bras vers moi comme pour m’attirer à nouveau vers lui. Quel âge pouvait-il avoir. Il avait ce type de visage si quelconque qu’on n’arrivait pas à lui en donner vraiment. Vingt-cinq ? Trente ? Trente-cinq ? Il avait plutôt le corps de quelqu’un de vingt-cinq ans, un peu maigre, un peu adolescent. Décidément l’alcool altérait mes capacités de jugement et mon sens du bon goût, je devais être bien attaqué pour l’avoir ramené. Il ne ressemblait en rien au type de mec que j’appréciais. Mal foutu, long et mince, les cheveux blonds, et la peau pâle, je me demandais comment ma libido avait pu être stimulée la nuit dernière. Puis il n’avait pas l’air d’être une lumière, avec ses yeux clairs grands ouverts, ce regard naïf, un peu abruti et sa voix nasillarde.
« Il va falloir que tu y ailles, je dois être parti dans trente minutes maximum » retentai-je. Il semblait commencer à percuter, et se leva du lit, mais à nouveau il s’approcha de moi et m’encercla de ses bras. « Vingt-cinq minutes « ajoutais-je alors, essayant d’être un peu plus clair.
- Ok, ok, tu me passes une serviette ?
- Je suis vraiment désolé, mais je pense que tu ne vas pas avoir le temps de prendre une douche, je suis vraiment en retard.
Un éclair de lucidité sembla passer dans son regard, il me libéra de ses bras, m’observa quelques secondes et ramassa ses affaires éparpillées sur le plancher. Il avait compris. J’allumais une cigarette tandis qu’il se rhabillait, pas assez vite à mon goût. Alors que je le raccompagnais à la porte, il repassa malgré tout à l’attaque. Il sortit son téléphone de la poche intérieure de sa veste, en s’arrêtant sur le palier.

- Tu me laisses ton numéro ?
- Bonne journée, rentre bien.
Et j’adressais un sourire poli à l’autre en refermant la porte derrière lui. J’entendis le rappel du radio-réveil, je retournai dans la chambre pour l’éteindre et m’allongeais sur mon lit tirant une bouffée enfumée sur ma cigarette. Je ne travaillais pas aujourd’hui, j’étais en vacances pour la semaine. Finalement ce n’était pas une si mauvaise chose d’avoir oublié de désactiver mon alarme, cela avait simplifié les choses.
Je repensais à l’autre, j’en étais arrivé à un point où je ne me souciais plus de connaître le nom de mes partenaires d’une nuit, et d’un côté je commençais à trouver cela pathétique. Je ne sais pas vraiment comment j’avais pu en arriver à là, à vingt-huit ans, complètement méprisant du genre humain. Je ne me reconnaissais pas forcément dans ce personnage, Je me revoyais dix années en arrière, un peu fleur bleue, romantique, peut être même trop. Mais cette part de moi existait encore, simplement elle ne parvenait plus à s’exprimer. Bien évidemment j’avais envie de rencontrer quelqu’un, d’une relation stable, mais je n’y arrivais pas. Mais étais ce de ma faute, je commençais plutôt à me persuader que c’était la faute des autres. Je ne trouvais personne qui ne me plaise, du coup j’avais constamment l’impression que la balance était déséquilibrée. Je comblais mon partenaire, mais j’avais quoi en retour ? C’est pour cette raison que mes histoires quand elles dépassaient une nuit, atteignaient rarement le cap des trois semaines, tant l’inconfort de la situation m’était insupportable.

Comme avec ce mec, Julien, avec qui j’étais sorti le mois dernier. Au départ, j’étais vraiment emballé, mais vraiment, et ce malgré quelques petites imperfections. La première semaine s’était passée à merveille. Je l’avais rencontré en boîte un samedi soir, et nous avions passé toute la journée de dimanche au lit. Nous avions ensuite dîné ensemble deux jours après, le repas s’était particulièrement bien passé, le nuit qui le suivit également. Des centres d’intérêt en commun, beaucoup d’humour et déjà une certaine complicité malgré le côté très récent de l’affaire. Nous répétâmes l’expérience deux jours après avec le même succès. Mais à partir de la deuxième semaine, ces défauts commençaient à m’apparaître comme omniprésents, ils occupaient toute la place du personnage. De son côté, Julien paraissait plus que ravi de notre relation. Le fait de le voir apparemment comblé, tandis que je ne l’étais pas, me frustrait davantage, je n’allais pas rester avec lui simplement parce qu’il se sentait bien avec moi, il fallait aussi que je pense à moi. Ainsi cette brève aventure se termina au bout du quinzième jour. Et cela se passait à peu près tout le temps de la même manière. Je ne trouvais personne qui ne puisse m’apporter ce que je désirais vraiment.

Une fois douché et habillé, je décidais de laver les draps pour chasser l’odeur de l’autre. Quelquefois je m surprenais à songer qu’un autre matin serait possible. Je réfléchissais à ce j’allais faire de ma journée. Je n’aimais pas mon boulot de comptable et j’avais vraiment eu besoin de cette semaine de vacances avant de devenir complètement dingue. C’est épuisant de passer sa journée à faire quelque chose que l’on n’aime pas. Mais maintenant que j’y étais je me demandais ce que j’allais faire de cette semaine ,j’aurais mieux fait de partir. J’irais faire les magasins cette après-midi. J’aimais bien les vêtements. Je crois surtout que j’aimais plaire d’une manière plus générale, c’était un besoin pour moi. Me voir dans le regard de l’autre. Je refermais la porte du lave-linge et lançait un cycle de lavage à 60°C, pour effacer les traces de la veille dans mon appartement. « Et dans mon esprit » je souhaitais.