J'écoute : plein, plein de choses et très très bien. Et je chante aussi.
Je regarde : mes mains
Je lis : les bienveillantes (et ça fait un bout de temps)
Je joue : à faire de bonnes résolutions
Je mange : les sablés au chocolat bonne mamant avec du thé pleine lune de chez mariage frère et c'est tres bon.
Je bois : du vin (et ça fait un bout de temps)
Je cite : Le quelconque reste trop répandu tandis que l'exceptionel demeure trop rare (NYC)
Je pense : et ça me fatigue
Je rêve : et j'aime ça, ça m'empêche de penser
(mis à jour lundi 19 mars 2007 à 01:17)

03/12/2007

03/12/07 - 23:04

Si vous avez le courage de tout lire....

Je suis un ange. Pour quelles raisons ? Je ne sais pas. Savez vous pourquoi vous êtes un homme ou une femme, né au douzième ou au vingtième siècle, bon ou mauvais ? Pour les mêmes raisons, je ne sais pas pourquoi je suis un ange. Depuis combien de temps ? Cinq ans, deux siècles, une éternité ? Je ne m’en souviens plus. Notre rôle est d’aider un humain mais j’y reviendrai plus tard. Je vous dis notre mais nous ne pouvons nous voir les uns les autres, et pourtant nous sommes des millions à nous côtoyer quotidiennement. Comment je sais toutes ces choses ? Elles sont en moi, tout simplement. Vous qui vouliez tout apprendre sur les anges, vous risquez donc d’être fortement déçus, je ne suis pas plus avancé que vous. Par contre oubliez la forme du chérubin ailé avec son auréole et ses petites fesses potelées. Je ressemble plutôt à rien, vraiment rien du tout. Avez-vous déjà imaginé une chose encore plus transparente que l’eau, plus insaisissable qu’un courant d’air et plus impalpable que le vide ? Non ? Et c’est pourtant ce à quoi ressemble un ange. Déjà je vois dans vos yeux le mythe qui s’effondre.
Tant qu’à briser les idées reçues, continuons. Comme je vous le disais notre rôle est d’aider un humain en particulier. Cela se fait toujours sur un problème précis, mais sur une durée indéterminée. Cela peut mettre un jour comme une vie pour le résoudre, tout dépend du problème, de l’humain aussi . Notre champ d’action reste très limité, nous sommes juste cette petite voix au fond de votre tête qui vous suggère la direction à suivre. Encore faut il que vous vouliez bien l’entendre. Mais n’allez pas croire qu’un ange est forcément gentil, moi ne le suis pas. Non pas que j’aille pousser les gens au suicide ou provoquer d’autres catastrophes. Je ne le peux pas. Pourtant j’aimerais le faire mais ça ne marche pas, vous ne pouvez nous entendre que lorsque l’on vous indique la bonne direction. Evidemment, il n’y en a qu’une. Passionnant comme boulot. Autant de créativité et de marge de manœuvre donne forcément envie. Voilà pourquoi je hais les humains dont je m’occupe. Régler leurs petites crises existentielles me frustre, me lasse, me désespère. En un mot, je m’emmerde. Et si malgré cela je persiste à leur souffler leurs intuitions au creux de l’oreille, ce n’est pas pour qu’il puissent enfin s’épanouir dans leur vie, mais surtout pour passer plus vite au cas suivant . Un humain, au bout de deux jours, je ne peux plus le voir en peinture. Et sans trop me faire d’illusions, je garde néanmoins l’espoir que le cas suivant sera plus intéressant. Espoir vain, bien évidemment. Bref, pour l’image du bambin souriant, débordant d’amour, prêt à tout pour votre bien être et épanouissement personnel, vous repasserez.
Pourtant un jour, tout a changé, le jour où on me l’a confié. Je ne sais pas non plus comment on nous assigne les humains. N’allez pas imaginer que c’est un vieux monsieur barbu sur un nuage qui nous délivre un plan de mission. Non, on en croise par hasard un jour au détour d’une rue, dans un musée, une cage d’escalier et on sait immédiatement que c’est lui. Comment ? Vous vous posez bien trop de questions, sans doute votre principal problème à vous les humains. Je l’ai donc rencontrée un hiver dans une rue piétonne parisienne en 2007 de votre calendrier. Elle s’appelait Béa et venait de fêter ses vingt sept ans. Une grande brune, la silhouette élancée, et belle je pense car souvent les hommes et parfois les femmes se retournaient sur son passage. Son enfance s’était déroulée sans histoires, avait une situation confortable, était en en parfaite santé et elle envisageait de mettre prochainement fin à ses jours. Je ne vous ferai pas l’affront de vous exposer l’objectif de ma mission. Le genre de cas que je détestais le plus. Donner un sens à la vie d’une petite bourgeoise en pleine crise existentielle m’exaspérait. Pour ma part je l’aurai personnellement poussé du quai de sa station de métro. Mais à peine ais je commencé à lire dans ses pensées que son cas m’intéressa. Elle ne voulait pas mettre fin à ses jours car elle désespérait d’attendre le prince charmant, ou bien parce qu’elle se lamentait de ne pas avoir été pauvre et ainsi de ne pas connaître la valeur des choses dans sa petite réalité superficielle. Non, elle souhaitait se suicider car rien dans sa vie, même plutôt dans la vie ne l’intéressait. Non pas qu’elle était blasée ou regardait les choses avec mépris ou dédain. Au contraire elle aurait souhaité se passionner pour quelque chose, aimer quelqu’un ou une idée. Mais rien n’y faisait, elle n’y parvenait pas. Rien ni personne ne pouvait attirer et encore moins capturer son attention. A la rigueur ce n’était pas trop grave. Elle aurait pu tout simplement avoir une existence insignifiante. Mais elle en était consciente. Vous imaginez vous de voir les choses sans pouvoir les vivre, que tout s’active autour de vous et que vous ne fassiez jamais partie du mouvement, cloîtré dans le rôle du spectateur sans jamais être acteur. Je ne pense pas que vous puissiez l’imaginer, j’en suis même certain. Moi seul le peux. Car je vivais la même situation. Elle et moi étions semblables. M’occuper de son problème revenait à m’occuper de mon problème. Et m’occuper de mon problème c’était finalement exister. Je sentais que pour une fois les choses se passeraient différemment. Elle serait moi, je serais elle et ensemble nous allions tenter de donner un sens à notre existence, mortelle ou immortelle. Ce devenait forcément plus excitant quand il s’agissait de s’occuper de moi-même. Ange ou non, cela ne m’empêchait pas d’être aussi égoïste que bien des humains.
Se faire entendre avec elle ne fut pas aisé. Elle était perdue dans un flot constant de pensées mais qui n’étaient jamais les siennes. Elle entendait les voix d’autres personnes qui commentaient ce qui l’environnait. Sans s’intéresser aux choses elle ne parvenait à émettre une propre opinion. Une fois c’était sa mère qui lui faisait remarque la température fraîche pour la saison (un grand classique). Une autre fois la voix d’une de ses collègues commentait que ce mec avait les fesses de Brad Pitt, mais uniquement les fesses hélas. A défaut de vivre par elle-même, elle tentait de survivre au travers des autres. Mais ce n’était que survivre. Les pensées profondes, celles qui donnent le sentiment d’être, les gens les gardent pour eux. Pour ma part je tentais d’attirer son attention sur quelque chose dès que j’en trouvais l’occasion. Regarde cette peinture, rappelle toi cette odeur, contemple ce sourire, savoure cet instant et même une fois je lui suggérais de se passionner pour une émission de téléréalité alors que je me trouvais à court d’inspiration. Mais rien ne la touchait, rien ne la concernait, elle n’entendait rien.
Je commençais à me décourager, je n’avais jamais rencontré quelqu’un d’aussi creux, à croire qu’elle n’avait pas d’âme. Etait elle en fait une morte vivante ou un truc dans le genre et il s’agissait d’une plaisanterie de mauvais goût. Peut être que des fois on faisait des blagues aux anges pour tromper l’ennui de leur quotidien. Pour le coup ça fonctionnait je ne m’ennuyais plus, j’étais carrément hors de moi. Je comptais sur elle pour régler mon problème et elle ne bougeait pas d’un pouce me laissant dans mon vide existentiel. Pour moi chaque jour était un nouveau défi afin de trouver un moyen de la secouer. Pour elle chaque jour était un encouragement de plus à mettre fin à ses jours. Et j’avais peur de la perdre, que tout s’arrête, de repasser à un cas lambda avec lequel il ne se passerait rien. J’avais peur. C’était la première fois que je ressentais une telle émotion. Pour une fois je n’avais pas envie que cela cesse, d’attendre que ça se passe. Non j’avais peur pour elle et pour moi à la fois. Pour une fois je m’intéressais à quelque ou plutôt à quelqu’un et ce quelqu’un c’était moi, même si c’était à travers elle. Mais se faire entendre par quelqu’un qui voulait pas écouter. Se faire entendre. C’est en comprenant que je n’y parviendrai sans doute jamais que je trouvai le moyen de la sauver, mais pour ce faire je devais la laisser jusqu’au bout, l’entraîner jusqu’à la dernière limite. C’était quitte ou double.
Les jours se suivaient et sa situation devenait de plus en plus intolérable. Quant à moi je patientais, guettant en silence. Le premier mardi du mois de mars, Bea prit la décision de passer à l’acte, au bord du quai, tout en bout de station. Déjà on apercevait au loin les phares du métro s’approcher. Il était tôt, la station quasiment déserte. Seule une vieille dame avec un immonde petit chien blanc attendait, mais à l’autre bout. Au moins la petite créature d’un blanc immaculée ne serait pas éclaboussée dans le cas où mon plan ne fonctionnerait pas. Les poings serrés, les muscles tendus, elle attendait prête et résignée. Le son de la rame devenait de plus en plus assourdissant. Je m’approchai alors d’elle et lui soufflait à l’oreille. Et après ? Qu’est ce qui se passera ? Dans quel état te retrouvera-t-on ? Qui te pleurera ? Qui t’oubliera ? Un torrent de questions déferlait dans sa tête. Certains gens savent écouter, elle vavait besoin de répondre. Des images ne tardèrent pas à suivre. D’abord d’elle dans l’instant présent, puis de son enfance, également de toutes celles qu’elle aurait pu devenir. Une multitude de scénarios se bousculaient dans sa tête. Une fois le mécanisme lancé elle ne pouvait plus s’empêcher de penser, mais cette fois ci elle entendait sa propre voix. Obsédée par l’idée de s’intéresser à quelque chose, elle avait oublié de s’intéresser à elle. Captivée par ses pensées, elle recula doucement de trois pas puis fit brusquement demi-tour et s’échappa de la station en courant. Il était temps pour elle de vivre, il était temps pour moi de disparaître.
Depuis les humains se sont succédés, certains plus intéressants que d’autres . Mais peu m’importe, à travers leurs soucis ce sont maintenant mes problèmes que je tente de résoudre. En me servant d’eux et non plus en les subissant, ma mission m’apparaît sous un jour nouveau, bien plus épanouissante, pour moi en tout cas, pour eux également par la force des choses. Evidemment pour l’image de l’ange dévoué, n’existant que pour vous rendre heureux et pour qui seul importe votre bonheur ce n’est toujours pas ça. Et alors ? Qu’alliez vous donc vous imaginer ?

commentaires

03/01/08 - 23:58

J'ai pris le temps de lire. A haute voix même. J'ai trouvé cela très bien écrit et très original. Oui. Et après ?

Et toi, que deviens-tu ?

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