J'écoute : plein, plein de choses et très très bien. Et je chante aussi.
Je regarde : mes mains
Je lis : les bienveillantes (et ça fait un bout de temps)
Je joue : à faire de bonnes résolutions
Je mange : les sablés au chocolat bonne mamant avec du thé pleine lune de chez mariage frère et c'est tres bon.
Je bois : du vin (et ça fait un bout de temps)
Je cite : Le quelconque reste trop répandu tandis que l'exceptionel demeure trop rare (NYC)
Je pense : et ça me fatigue
Je rêve : et j'aime ça, ça m'empêche de penser
(mis à jour lundi 19 mars 2007 à 01:17)

11/08/2007

11/08/07 - 13:42

suivie d'une soirée ordinaire (3)


Le bar ne désemplissait pas, bien au contraire, les nouveaux arrivants se succédaient semblables aux occupants déjà présents , constamment les mêmes chaussures, les mêmes t-shirts, les mêmes coupes de cheveux, les mêmes sourires et les mêmes regards, à croire que tous les homos avaient été conçus dans le même moule. C’était cela le phénomène de ghetto, croiser en permanence les mêmes individus d’un jour à l’autre, qui de plus étaient pratiquement identiques de l’un à l’autre ; finalement c’était comme si vous croisiez indéfiniment la même personne, il n’était donc pas étonnant de ressentir rapidement une impression de déjà-vu, de tourner en rond, ce dont se plaignaient la majorité des gens du milieu. Mais pourtant ils y restaient. Il faut dire que cette routine les rassurait, après avoir été en quête d’une identité pendant la majeure partie d leur adolescence, voilà qu’on leur en servait une prête à l’emploi sur un plateau imitation argent, il était alors difficile de ne pas céder à la facilité. Les codes du milieu vous dictaient comment vous habiller, quelle musique écouter, quelle expression prendre, de quelle manière parler, quels sujets aborder et quels commentaires exprimer, plus besoin de chercher votre moi, on vous en attribuait un tout-prêt. Alors pour ne pas sombrer trop rapidement dans une profonde lassitude, on avait inventé les changements de mode. Les règles changeaient régulièrement et rapidement, même très rapidement, la difficulté était alors de les suivre car la difficulté du mimétisme c’est que pour rester soi il fallait rester l’autre, si vous étiez différents, vous n’étiez plus. Mais entre risque potentiel d’être has-been et la difficulté de s’approprier sa propre personnalité, la majorité avait choisi. Etre dans le marais était finalement un peu comme être à Gattaca. Ensuite des sous-groupes se formaient dans cette communauté afin que soit respecté de manière illusoire l’individualisme de chacun, et chacun s’enfermait dans son petit mensonge, persuadé d’être plus intéressant et surtout d’avoir une personnalité plus riche que son voisin, alors qu’en réalité ils étaient rigoureusement identiques.
Comme la densité du bar ne faisait que s’accroître, la star et le beauf étaient quasiment collés à moi. J’avais lu une fois que l’espace intime d’une personne se délimitait par une sorte de cercle défini par la longueur des bras comme rayon, mais mon espace lui était défini par un rayon quasi-infini lorsqu’il s’agissait de personnages de ce type. Mais comme j’avais de m’amuser, je laissais pour cette fois de côté mes besoins d’intimité. C’est le beauf qui engagea la conversation en me faisant remarquer également que je serai encore plus charmant si je souriais, quelle originalité c’est ce que les loosers sortaient comme phrase dans quatre-vingt dix pourcents des cas. Je répondais donc par un sourire poli au lieu de me lancer dans une vaine explication, difficile de lui faire comprendre que l’on n’avait pas forcément envie de sourire lorsque l’on était juste à côté d’un gros con. J’attendais alors la seconde réplique qui serait inévitablement le « comment tu t’appelles ? », celle-ci arriva au bout de quinze secondes à peine. C’était toujours ce phénomène de mimétisme, même les manières d’aborder quelqu’un étaient les mêmes. Je connaissais par avance la quasi-totalité du dialogue qui allait se dérouler. Le beauf s’appelait Philippe, il était caissier chez Picard, il avait trente quatre ans (trente huit), il était actif, il aimait beaucoup la dernière compil de FG il n’avait été qu’une seule fois de toute sa vie au Dépôt n’y avait rien fait et il n’aimait pas le milieu. Voilà, tout était là,c’est comme cela que se résumait Philippe, tout comme Fabien de la veille et Patrick de l’avant-veille. Quant à moi, je répondais poliment, je faisait mine de m’intéresser à sa vie en acquiesçant aux moments opportuns, j’ajoutais pour qu’il me trouve extraordinaire et je me foutais ouvertement de sa gueule sans même qu’il s’en rende compte.
Le beauf était à ma gauche et la star à ma droite. Je lui tournais à moitié le dos, du coup elle avait un mal fou à s’incruster, pourtant ce n’était pas faute d’avoir essayé. Ce la avait commencé par des regards insistants et emplis de l’espoir que je lui adresse la parole, des sourire et il me semblaient même avoir aperçu une ou deux moues la bouche en cœur. Puis devant mon manque évident de réaction, elle s’était alors franchement investie dans notre discussion ne manquant pas de rire bruyamment à chacune de mes petites notes d’humour. Mais comme je ne réagissais toujours pas, elle avait finie par s’en aller vexée, non sans avoir fait comprendre au barman pendant dix bonnes minutes qu’elle s’en allait, dans le but vain que ce denier la retienne. Un groupe de trois jeunes mecs un peu prudes s’installèrent alors à sa place. Comme le beauf commençait sérieusement à me saouler, je n’écoutais plus ce qu’il me racontait pour m’intéresser du coup à la discussion des trois nouveaux. Je n’avais plus besoin de me rendre intéressant, j’étais déjà extraordinaire à ses yeux, je me contentais donc juste d’hocher la tête ou de sortir un « oui » ou un « ça dépend » à des moments plus ou moins aléatoires pour faire mine d’être captivé par son discours, de toute façon comme il était déjà à moitié bourré, cela faisait largement l’affaire. J’écoutais alors les trois jeunes qui bien évidemment parlaient avec mépris du milieu dont ils faisaient parti. C’était de vraies collégiennes, les plans culs n’étaient pas pour eux, ils ne couchaient jamais le premier soir, ils attendaient le grand amour, c’était carrément Carrie, Mary et Laura Ingalls perdues dans Pédéland. Histoire d’en rajouter une couche, elles se mirent alors à parler de leur foi, de la religion catholique et compagnie, c’était finalement pire que des collégiennes, c’était carrément des bonnes sœurs. Du coup écoeuré devant ce déballage de bons sentiments, je ne tins qu’à peine dix minutes et me recentrait sur le beauf qui à défaut d’être intéressant était déjà un peu plus rock’n roll

commentaires

12/08/07 - 00:52

Ton texte se boit comme du petit lait ! La suite stp !

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