J'écoute : plein, plein de choses et très très bien. Et je chante aussi.
Je regarde : mes mains
Je lis : les bienveillantes (et ça fait un bout de temps)
Je joue : à faire de bonnes résolutions
Je mange : les sablés au chocolat bonne mamant avec du thé pleine lune de chez mariage frère et c'est tres bon.
Je bois : du vin (et ça fait un bout de temps)
Je cite : Le quelconque reste trop répandu tandis que l'exceptionel demeure trop rare (NYC)
Je pense : et ça me fatigue
Je rêve : et j'aime ça, ça m'empêche de penser
(mis à jour lundi 19 mars 2007 à 01:17)

28/01/2007

28/01/07 - 22:46

Une journée ordinaire (1)


Arrivé dehors, j’attendais patiemment un taxi. Il était 10 heures, tous ces derniers étaient donc en train de perdre leur temps devant les aéroports tandis que de vaillants travailleurs perdaient également leur temps de leur côté. Devant moi, un cadre moyen qui pensait pouvoir faire passer un costume Laurent Cerrer pour un costume Armani par l’ajout d’une ceinture griffée (sans doute son meilleur investissement depuis ces cinq dernières années) soupirait bruyamment en regardant frénétiquement sa montre. Je me demandais si ces soupirs avaient pour but de provoquer une quelconque réaction solidaire de ma part, une écoute afin qu’il puisse exprimer ses frustrations, pour ma part je me contentais de fixer devant moi d’un regard vide. Je me demandais comment pouvait s’appeler cet homme, sans doute un prénom d’une banalité affligeante, Nicolas, ou bien alors Thomas ; tout compte fait, Nicolas lui convenait mieux.
Nicolas avait probablement grandi dans un petit pavillon perdu en Ile de France en compagnie de son père comptable dans une quelconque PME locale, de sa mère (au foyer), de ses deux frères et sa sœur (être une famille nombreuse permettait de bénéficier de réductions pour les transports en commun et les frais de scolarité), sans oublier Farandole leur magnifique cocker, sans doute le membre le plus important de la famille. Il avait suivi une scolarité sans histoire, hormis les deux fois où il était passé à deux doigts des félicitations lors du conseil de classe (mais uniquement à cause des notes d’EPS qui avaient fait chuter sa moyenne) et l’heure de colle qu’il s’était vu infliger en 1ère pour avoir séché un cours de philo, cet événement avait d’ailleurs été à l’origine de sa première vraie révolte contre l’autorité parentale. Il avait brillamment passé son bac S (avec mention) puis intégré une des innombrables prépas aux écoles d’ingénieur. C’est alors qu’il s’était retrouvé en internat. Hors de portée du contrôle parental et détaché de son passé, Nicolas avait enfin pu se rendre populaire. La transgression de l’ordre attirait la popularité, il l’avait bien compris pendant le collège et le lycée, mais seulement en spectateur alors que maintenant il devenait acteur.
Enluminé d’un passé (fictif, mais est-il nécessaire de le préciser) rempli d’heures de colle, de renvois, de conflits avec ses parents et autres fugues, il était devenu un des blousons noirs de sa classe préparatoire. Il était alors sorti avec sa première petite amie, même si pour le domaine public c’était au moins la dixième, s’était fait dépuceler pendant qu’une dizaine de papier-peints lui tournaient autour ; les papiers-peints étaient ces filles qui comme ce qui revêt les murs n’est ni beau, ni laid, on ne le remarque pas tout simplement. Quand il intégra une grande école, sa popularité atteint son apothéose, il devint alors président du BDE, pour ainsi dire un Dieu pour l’ensemble des papiers peints, garçons et filles confondus. Il en arrivait à se persuader lui-même de la véracité de son passé et devenait franchement un rebelle. Il séchait les cours du matin au lendemains d’apéros arrosés (forcément comme ses parents n’étaient maintenant plus prévenus de ses absences, cela facilitait les choses), buvait jusqu’à s’en faire vomir (preuve de virilité absolue) et enchaînait les coups d’un soir au moins une fois tous les deux mois lors de soirées étudiantes. C’était un éjaculateur précoce, mais ce problème était parait-il fréquent ; lui au moins ne bandait pas mou, ou n’était pas un peine à jouir. Parvenant à s’accomplir, il lui arrivait même certains week-ends de tenir tête à ses parents.
Ce n’est que lorsqu’il entra dans la vie active que le naturel revint au galop. Tout d’abord il redevint l’enfant modèle aux yeux de ses parents, afin de bénéficier de l’appui de Papa pour trouver un poste dans une PME tout aussi locale, sans succès d’ailleurs. Il troua finalement péniblement un emploi sur Paris. Mais arrivé là, il n’était plus rien, et les gens étaient pour la plupart trop âgés pour être admiratifs en le voyant vomir après sa cinquième vodka orange. Il se retrouva alors à nouveau dans la situation de son adolescence, en essayant de se faire bien voir alors qu’on l’ignorait complètement. Cela passait par la flatterie, la soumission, le mimétisme mais sans grand succès, Nicolas restait impopulaire. Et aujourd’hui il risquait d’arriver en retard à son travail et ce connard de taxi qui n’arrivait pas ignorait que la vie de Nicolas en dépendait pratiquement.
Ces gens pour moi avaient un nom, les Bobbys, le fils parfait que tout père moyen rêverait d’avoir, et je les méprisais particulièrement. Je détestais notamment leur paraître de parfait accomplissement alors qu’ils étaient parfaitement conscients de la médiocrité et de l’inutilité de leur vie. La vue d’un taxi au loin me sortit soudain de mes pensées encore embrumées de l’alcool de la veille, je lui fis alors signe en passant devant Nicolas, qui comme je m’y attendais se tut et grommela simplement un connard une fois que le taxi redémarra en prenant pour témoin la grand-mère qui attendait derrière moi ; au moins aurait il trouvé une oreille compatissante pour le reste de son attente.

commentaires

31/01/07 - 03:04

c'est génial vivement la suite!

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