J'écoute : plein, plein de choses et très très bien. Et je chante aussi.
Je regarde : mes mains
Je lis : les bienveillantes (et ça fait un bout de temps)
Je joue : à faire de bonnes résolutions
Je mange : les sablés au chocolat bonne mamant avec du thé pleine lune de chez mariage frère et c'est tres bon.
Je bois : du vin (et ça fait un bout de temps)
Je cite : Le quelconque reste trop répandu tandis que l'exceptionel demeure trop rare (NYC)
Je pense : et ça me fatigue
Je rêve : et j'aime ça, ça m'empêche de penser
(mis à jour lundi 19 mars 2007 à 01:17)

29/03/2007

25/03/2007

18/03/2007

18/03/07 - 21:55

... suivie d'une soirée ordinaire (1)

Cette journée de travail, tout comme les précédentes m’avait particulièrement saoulé, je décidais donc de sortir pour me saouler par moi même. Jérôme n’était pas libre ce soir et je ne voulais voir personne d’autre, Jérôme était le seul qui présentait un quelconque intérêt à mes yeux. Mais cela ne me posait aucun problème, j’appréciais quelquefois sortir en tête à tête avec moi-même, m’installer au bar en observant la faune locale. Je choisissais donc un des bars les plus remplis à cette heure ci. La décoration venait d’être refaite et ils avaient décidé de jouer sur un concept « population atypique », cela dit je ne voyais pas vraiment en quoi leur clientèle différait de celle des autres bars du marais ; enfin tant que les gens s’en persuadaient eux-mêmes, ce devait être le plus important. Il avaient encore diminué un peu plus l’éclairage, ce qui accordaient aux moches un peu plus de chance de conclure, et vu leur importante proportion au sein de la clientèle du bar, il semblait que ces derniers n’avaient pas perdu de temps pour se passer le mot. Il était vingt heures, le bar était plein, je ne devais pas être le seul à avoir passé une journée de merde, le problème c’est que pour moi, cela se répétait quotidiennement. Je m’asseyais donc au bar et commandait une bière. Il n’y avait que des barmen donc pas de lilloise, ces dernières ne faisaient que serveuses, ça ne servait à rien de rouler du cul derrière un bar. J’aimais bien les barmen et la relation que l’on avait avec eux, à peine un mètre vous séparait et lui était en train de travailler complètement speed (au moins à cette heure là) tandis que vous le regardiez travaillez en comptant les fissures au plafond, je ne connaissais rien de plus apaisant que de voir les gens se tuer à la tâche. Mais ceux de ce bar restaient tout de même sympathiques, sans prendre un air blasé lorsque vous passiez commande ; certains barmen avaient un peu tendance à confondre leur comptoir avec le bureau d’un DRH. Autour du bar la faune locale s’agitait et il était amusant de constater que quel que soit l’endroit où vous vous trouviez, vous croisiez à peu près toujours les mêmes personnages.
Tout d’abord il y avait la star. C’est celui qui connaît tout le monde, toute l’équipe du bar qu’il appelle par leur prénom voire un surnom à grand renfort de bises, et qui fait tout pour le faire remarquer. Il a dans son esprit torturé une vision très particulière du fait d’aller prendre un verre, en fait pour lui les rôles sont inversés, c’est pour lui que les barmen viennent et non l’inverse, il égaie leur quotidien même si quelquefois il aurait bien autre chose à faire, quoi que à bien y réfléchir, non. On le reconnaît facilement aussi car il complimente le barman, mais plutôt des compliments destinés à rassurer ce dernier que des compliments type je suis fan de toi, comme s’il attendait l’approbation de la star sur son nouveau t-shirt ou le nouveau distributeur de capotes des toilettes. Mais tout cela il fait dans le but d’obtenir un compliment en retour, la star nous fait en réalité un gros complexe d’infériorité, c’est la fausse bonne copine. Il adule le barman mais plutôt que de la jouer fanatique, il se place sur le même piédestal voire un tout petit peu au dessus, il n’y a qu’à écouter comme il essaie constamment de placer ce qu’il fait dans sa vie, ce qu’il a vécu dans sa vie, ce qui généralement est plutôt flatteur à son égard et probablement pure mythomanie. Puis une fois que la star a réussi à se persuader qu’il est effectivement l’ami du barman, et un peu au dessus du reste des clients du bar, il s’en va , non san sl’avoir fait remarquer depuis quinze bonnes minutes du genre « je regrette, je dois vraiment partir. Non, non, ce n’est pas la peine d’essayer de me retenir. Bon je reste encore cinq minutes mais c’est bien pour toi ». Puis la star, enveloppée de la douce chaleur d’une aura nouvellement glorieuse, quitte le bar, rentre chez lui pour rejoindre son minuscule studio aux portes de Paris et sa vie ordinaire, tout en se préparant à répéter le même rituel le lendemain.
Autour du barman, aux côtés de la star, gravite également le beauf. Contrairement à la star, il ne s’était pas autoproclamé beauf mais je m’étais permis de choisir à sa place. C’était le concurrent direct de la star, lui aussi vous faire ami-ami avec le barman. C’était l’homme nature, l’homme simple, le viril, le vrai, et surtout à dix huit heures il était déjà saoul. J’aurais tout de même du songer à faire barman, vous étiez constamment adulé, cependant ce n’était que par des nases donc je pense que je me serais lassé au bout de deux semaine à peine. Finalement un beauf gay se comporte dans un bar gay comme un beau hétéro se comporte dans un bar, il raconte sa vie au barman, en parlant plutôt fort et plutôt mal. Sauf que comme dans le milieu tout est un peu plus paillettes et sexy happy people, il met la barre un peu plus haut et veut coucher avec le barman. Mais la technique d’approche n’est pas tout à fait la même, car pour le beauf, le barman c’est son pote, et pour cause, il vient tous les soirs dépenser la majeure partie de son RMI. Le beauf aime le foot, boit la bière uniquement à la pinte, s’habille chez Celio et porte une paire de Nike défoncées avec des sortes de ressorts au niveau des talons. Comme il est généralement un peu plus âgé que le barman, il a tendance à s’adresser à lui sur un ton protecteur, le barman c’est un peu son petit frère. Alors il lui parle et il est content, parfois le barman lui répond et il est encore plus content. Mais comme c’est quelqu’un de simple, il n’est pas du genre à se poser de questions, le barman veut sortir avec lui. Pourtant s’il se donnait la peine de creuser un peu la situation, il ne tarderait pas à se rendre compte que ce dernier se fout royalement de sa gueule, trop content d’avoir trouvé un pigeon qui lui laisse un gracieux pourboire à chaque consommation justement consommées au moins une dizaine de fois par soir, et n’hésite pas à le snober voire le mépriser dès qu’il trouve une petite lilloise qui fera son affaire pour la nuit. Pour un peu, j’aurais eu de la peine pour le beauf, prêt à lui ouvrir les yeux sur ce monde qui lui mentait et l’abusait, mais ça n’en pas la peine, il était heureux ainsi finalement.
A l’autre bout du bar se trouvait trois mecs que Jérôme et moi appelions les lilloises parisiennes. C’était en fait de vraies lilloises camouflés derrière des vêtements pas trop laids ou pas trop dindes, comme après une journée de relooking. Mais l’illusion ne fonctionnait qu’en photo (sur un site de rencontre par exemple), il suffisait qu’elles se mettent à parler ou même simplement bouger pour que la vérité éclate au grand jour, c’était effectivement de vraies lilloises avec toutes les bonnes choses qui vont avec. Pas très loin, à une table située derrière moi se trouvait un groupe de six lilloises, qui elles s’assumaient entièrement par contre. J’observais qui finalement était toujours la même. Elles étaient toutes assises en ligne sur la banquette pour pouvoir mater et se faire mater en vision panoramique, un peu comme dans ces anciennes sitcoms sans budget où tous les gens s’installaient en ligne dans une cafétéria quitte à déplacer des tables afin que tous les personnages soient dans le champs de l’unique caméra du plateau de tournage. Au centre trônait la reine, dans tous les groupes de lilloises il y avait une reine. Il était assez aisément identifiable, déjà ilétait au milieu des autres qui gravitaient autour de lui à la manière de courtisanes, ensuite il était moins moche et aurait même était potable sans son t-shirt à strass (Energie tout de même), sa coiffure en crête avec plus de gel que de cheveux et sa peau grasse, il avait même un faux-semblant d’actif. Enfin il n’y avait que lui qui parlait, les autres se contentaient d’acquiescer, rire, mater, puis rire à nouveau, un peu plus bruyamment et toujours aussi niaisement. Puis plus on s’écartait, plus les gens devenaient laids, les boutons d’acné se multipliaient en parallèle avec les problèmes de dentition te les logos RG 512 ou Delaveine ; quant à celle en bout de table, c’était franchement la kossovarde du marais.
Je commandais une seconde bière au barman qui se faisait gentiment tripoter par le beauf afin de faire monter un peu plus sa cagnotte tout en lui faisant monter la sève quand la porte s’ouvrit bruyamment et entrèrent alors trois drag-queens de seconde zone. Les drags avaient été il y a un temps un phénomène intéressant créant de temps en temps quelque chose d’esthétiquement valable, mais depuis que les émissions de reportage destinées au grand public avaient décidé d’en faire un phénomène de mode, n’importe quel pédé en mal de reconnaissance avait pu s’en emparer à grand coup de blush nivéa. Elle arboraient toutes trois fièrement un t-shirt Banana café qui était également passé du phénomène de mode au phénomène de foire où les hétéros de banlieue venaient se donner le grand frisson et se la jouer metrosexuels. Déjà elles s’installaient à côté des trois lilloises parisiennes à grands coup de gloussements, ricanements et autes « oh ma chérie ». Elles avaient trouvé leur public pour la soirée et commençaient donc à les draguer avec toute la provocation et toute la vulgarité dont elles étaient capables. En réponse à leurs attaques, les trois mecs impliqués à fond dans leur nouveau rôle d’homme viril se la jouaient hétéro effarouchés, comme si elles n’étaient pas les premières à se laisser tripoter ; il était étrange de constater que certaines personnes s’acharnaient à incarner un personnage alors qu’il n’y avait objectivement aucune once de crédibilité. Mais au fond d’eux-mêmes, je voyais bien qu’ils jubilaient, du fin fond de leur province, les drag queen étaient encore synonyme de fête et de mode, et elles étaient bien incapables de différencier les contrefaçons de mauvaises qualités des originales, comme pour les sacs Vuitton d’ailleurs. De l’autre côté, les lilloises faisaient la gueule, l’artillerie lourde était arrivée alors qu’elles n’étaient que les fantassins. De temps à autre, les drag les toisaient, mi-méprisantes, mi-compatissantes car finalement elles aussi avaient commencé comme simples lilloises mais ne pouvaient s’empêcher d’éprouver une certaine crainte en constatant que la relève était aussi bien assurée, d’autant plus qu’un des mecs qu’une des drag s’acharnait à allumer ne cessait de mater d’une manière de plus en plus insistante la reine des lilloises. C’est alors que commença à s’installer une sorte de guerre froide en plein cœur du bar.
C’est une des lilloises en bout de table qui commença le premier assaut en se levant soudainement de son siège et en commençant à se trémousser sur la dernière daube à l a mode qui sortait alors des enceintes. Tout y était, ondulations du bassin, regard aguicheur, moue de la bouche, main passée dans les cheveux et cette sorte de soupir comme lorsque l’on veut faire de la buée sur une vitre. A partir de là tout dégénéra. Les drags répliquèrent quasi-immédiatement, elles n’allaient tout de même pas se faire voler la vedette par une bande de bleus. L’une d’elle chopa un des mecs à ses côtés, commença à lui déboutonner sa chemise et à lui caresser le torse, tout en poussant de petits mais bruyants gémissements. Deux des lilloises se lancèrent dans une sorte de show lesbien en se roulant des pelles et se caressant les tétons (évidemment toujours avec leurs fameuses ondulations de bassin). C’est alors que la drag glissa sa main dans le pantalon du mec à la chemise maintenant quasiment ouverte, qui ne comprenait pas vraiment ce qui lui arrivait mais était trop heureux qu’on s’intéresse à lui. Le barman amusé, s’approcha également d’eux pour pouvoir mieux profiter du spectacle. La star laissée en reste alla alors aux toilettes afin d’élaborer un nouveau stratagème, et le beauf s’approcha également des drags pour profiter à nouveau de l’attention du barman. Une des drags émoustillé par ce fac-similé d’hétéro ne se fit pas prier pour commencer à le chauffer mais le coup de surprise vint de la lilloise qui dansait toute seule qui enleva alors son débardeur et vint se frotter toujours et encore avec ses ondulations de bassin contre le paquet du beauf. La drag tenta alors le tout pour le tout en roulant une pelle à la lilloise. Il n’était que vingt heures trente et assis sur mon tabouret j’attendais la suite des évènements avec un certain amusement.