J'écoute : plein, plein de choses et très très bien. Et je chante aussi.
Je regarde : mes mains
Je lis : les bienveillantes (et ça fait un bout de temps)
Je joue : à faire de bonnes résolutions
Je mange : les sablés au chocolat bonne mamant avec du thé pleine lune de chez mariage frère et c'est tres bon.
Je bois : du vin (et ça fait un bout de temps)
Je cite : Le quelconque reste trop répandu tandis que l'exceptionel demeure trop rare (NYC)
Je pense : et ça me fatigue
Je rêve : et j'aime ça, ça m'empêche de penser
(mis à jour lundi 19 mars 2007 à 01:17)

24/09/2006

24/09/06 - 21:31

Rencontre du troisième type (suite et fin... et j'ai remis le début aussi)

Il était 18h et je me trouvais encore dans mon état dépressif post-soirée alcoolisée de la veille, une sorte de torpeur ou se mêlaient mélancolie, angoisse et désintérêt complet. J’avais passé ma journée au lit, alternant doliprane, grignotage, comas, zapping d’émissions à la con et surf sur le web ; une journée des plus constructives finalement, bien que fréquemment entrecoupée par les assauts téléphoniques de l’inconnu de la veille qui avait désormais un nom (Julien). Il ne m’avait rien épargné, entre les SMS dégoulinants de mièvrerie du genre « Je me sens bien avec toi », « Je suis crevé, dur le taf, mais en repensant à hier soir, ça fait tenir le coup » et autres phrases d’adolescent toutes ponctuées d’un magnifique « LOL ». Pour un peu je m’attendais à ce qu’il m’envoie une image de dauphin avec un cœur. J’ai également eu droit au sept (huit ?) messages sur le répondeur qui du « on se voit quand ? » ont progressivement évolué vers le c »connard » en passant par le « je ne comprends pas », puis depuis environ 3 heures, j’ai eu droit aux appels en numéro caché (dix-huit ? dix-neuf ?).

Je suivais le chemin de la veille puisque j’avais à nouveau rendez-vous avec Jérôme qui avait, paraît-il, une importante nouvelle à m’annoncer. J’arrivais donc à l’Open et m’asseyais à la seule table restée libre ; l’happy hours venait de démarrer et l’endroit était plein. Je posais mon téléphone sur la table, quatre appels en absence (vingt-deux ? vingt-trois ?) mais un était de Jérôme. J’écoutais mon répondeur et apprenais après avoir effacé les trois « t’es qu’un pauvre mec » que Jérôme aurait une demi-heure (donc une heure) de retard. J’avais déjà commandé, j’étais bloqué et de toute manière je n’avais pas le courage de bouger.

C’est alors qu’il est arrivé. Je ne l’avais pas remarqué au départ, mais alors qu’il s’avançait vers moi, il se détachait de plus en plus nettement de la foule. Il devait faire à peu près ma taille, était mince mais dessiné, les cheveux noirs soigneusement arrangés, une bouche souriante aux lèvres généreuses, des mains fines et délicates, des yeux verts inexpressifs, une ceinture rainbow traînant jusqu’au sol, un t-shirt moulant rose sur lequel était écrit en diams « catch me », un jean taille basse très bas pour laisser la vedette à son boxer Dim noir ; bref, un modèle particulièrement représentatif de la Lilloise. Et c’était vers moi qu’il s’avançait.

Le regard vide, je regardais vers l’extérieur, tentant de fixer un point fictif, tandis que la lilloise se postait juste devant ma table, je détournais le regard. Après m’être attardé sur toutes les subtilités iconographiques du logo de la Société générale, je me lançais à présent dans le décompte de tous les points luminescents qui formaient le petit bonhomme vert du passage piéton. C’est alors qu’elle s’est raclée la gorge en me tapotant sur l’épaule et enchaînant sur un « excuse moi », le meilleur self-contrôle aurai été vain, par réflexe j’ai tourné la tête ; quel con. Elle se tenait devant moi, la main droite sur la hanche, le bassin se déhanchant également vers la droite, le tronc droit, une légère moue parfaitement étudiée de la lèvre inférieure ; c’est lorsque la main gauche commença à s’élever et entamer des mouvements de circumduction que je compris qu’il allait parler.

« Excuse moi, ça ne t’ennuie pas si je m’assois à ta table ? Il n’y a plus de place. » demanda-t-elle enchaînant avec un grand sourire en levant les yeux au ciel, telle la nouvelle Judy Garland. Je restais la, scotché, essayant de comprendre ce qui se passait, et elle attendait, mon regard vide posé dans le sien, et elle attendais toujours, analysant les différents aspects de la situation, Jérôme qui serait en retard, une occasion de m’amuser, et elle continuait d’attendre lorsque j’ai répondu d’accord avec un grand sourire dévoilant toutes mes dents.

C’est une fois les présentations de base faites que je me rendis compte à quel point elle était parfaite. Elle s’appelait Kevin, venait deLille (forcément), était venu à Paris pour faire carrière dans la chanson, mais pour le moment travaillait chez Mac Do, cependant avait bon espoir en la vidéo qu’elle avait envoyé pour le casting de la Star Ac ; ce n’était que cela, une succession de clichés, et cela en devenait presque irréel. Je décidais donc d’entamer la discussion sur le thème de la chanson.
- Et tu chantes quoi comme style ?
- Un peu de tout, mais c’est vrai que j’ai surtout une préférence pour le R’n’B et le rock.
- Ah oui… Et par exemple, tu t’inspires de quels artistes ?
- Je ne m’inspire de personne, j’ai mon propre style.
- Oui évidemment, mais il y a forcément des chansons que tu aimes plus particulièrement chanter, pour lesquelles tu te sens plus proche de l’univers de l’interprète.
- Eh bien, vu comme ça, il y a M. Pokora, Emma Daumas (bla, bla, bla, pleins des noms que je ne connaissais pas). Ah oui, il y a surtout, mais bon forcément, Céline Dion.
- Ah oui, et Céline Dion tu la classerais dans quel style, R’n’B ou rock indépendant ?
La discussion continua encore quelques temps sur la culture musicale lilloise, quand Kevin s’interrompit quelques instants avant de poser l’inéluctable question.
- Et sinon tu as un copain ?
Je réfléchis un bref instant puis mentis.
- Oui, il s’appelle Julien.
- Et vous êtes ensemble depuis longtemps ?
- Environ sept mois.
- Ah quand même… Et vous vous êtes rencontrés où ?
Et c’est ainsi que pendant près d’une demi-heure, je me mis à m’inventer une vie sentimentale aux côtés de Julien ( qui entre-temps m’avait déjà rappelé trois fois, enfin si les appels masqués étaient bien de lui) et je commençais même à en éprouver un certain plaisir, notamment lorsque je m’amusais à ajouter des anecdotes d’une mièvrerie sans précédent. Comme ce soir, au lendemain d’une dispute où Julien m’avait attendu deux heures devant chez moi sous la pluie, un bouquet de fleurs à la main. Ou la chanson sur notre relation qu’il avait composé pour nos six mois. Je racontais également nos habitudes, l’épluchage des journaux le dimanche matin dans le café en bas de chez lui, les week-ends mensuels dans la maison de campagne de ses parents, la cigarette partagée après l’orgasme. Je ne sais pas d’où je sortais tout ça, mais j’en rajoutant d’autant plus en voyant le regard de la lilloise s’illuminer à l’écoute de clichés de plus en plus ridicules. Et pourtant, peut être n’était ce pas aussi ridicule que je le pensais. Puis l’inspiration vint à manquer, alors concluant mon monologue, je demandais « Et toi, les amours ? ».

Il commença alors à me déballer des conneries sur sa recherche de l’âme sœur, du véritable amour qu’il avait connu à 17 ans avec un certain Fred, qui n’avait duré que trois semaines mais qui avait été d’une intensité qu’il ne pourrait jamais sans doute retrouver même s’il l’espérait de tout cœur. Je commençais complètement à lâcher prise quand il recommença son énième argumentaire sur l’importance de la quête de l’âme sœur, mon histoire était sans doute très conne, mais au moins elle avait le mérite d’être fictive. C’est alors qu’une phrase attira mon attention et me sortit de mes pensées.
- Tu vois le problème avec Fred, c’est que quand il a rompu, je savais qu’il ne serait jamais heureux. C’est quelqu’un qui ne sera jamais satisfait et qui en voudra toujours plus.
« Excuse moi, qu’est ce que tu disais » l’interrompis-je
- Je pense honnêtement que pendant ces trois semaines, il a réellement été bien avec moi, mais tu sais, c’est quelqu’un qui ne peut se satisfaire de son bonheur, il est capable de mettre fin à tout ce qu’il a pu acquérir dans le simple but de rechercher plus.
- Explique….
- Eh bien tu vois, il est à la recherche d’un idéal, un peu comme moi quand je parlais de l’âme sœur, sauf que contrairement à moi, il n’a aucune idée de ce qu’il recherche. Il fonce un peu en aveugle et il fuit toujours dès qu’il trouve quelque chose du peur que cela ne se pose comme un obstacle dans sa quête. Mais comme il ne sait pas ce après quoi il court et qu’il ne prends pas le temps de s’arrêter pour regarder autour de lui, il a déjà du, je pense, passer au moins une ou deux fois à côté de cet idéal auquel il aspire tant.
- Et comment peux tu affirmer avec autant d’assurance qu’il ne sait pas ce qu’il recherche ?
- Ca se voyait dans ses goûts. Il aimait tout et son contraire et d’un autre côté il le détestait.
- C'est-à-dire ?
- Eh bien, par exemple une fois, d’ailleurs c’était peut de temps avant qu’il ne casse, nous avons parlé toute la nuit de ce qu’il considérait comme être l’homme idéal. A un moment il m’a parlé d’un mec genre yuppie, tu vois homme d’affaire, bons revenus, costard cravate. A un autre il m’a parlé d’un artiste fauché, limite à vivre d’amour et d’eau fraîche.
- Et alors, peut être qu’au contraire il a des goûts très larges.
- Non justement, parce qu’après il m’a dit qu’il ne pourrait jamais avec mec trop classe du genre costume trois-pièces et appartement design. Une demi-heure ensuite, il me disait qu’il aimerait bien d’un mec plutôt riche, assez classe, genre bien rasé etc. Il se contredisait en permanence et je pense même qu’il oubliait ce qu’il disait au fur et à mesure, mais par contre je suis sur qu’il était sincère dans ses propos et croyait en ce qu’il disait. Tu vois c’est ce que je te disait, son problème c’est qu’il veut tout et son contraire mais que justement il déteste tout et son contraire, et c’est pour cela, je pense qu’il ne sera jamais heureux.

Je n’y croyais, cette conasse de lilloise pubère était tranquillement en train de m’expliquer des choses que je n’arrivais même pas à comprendre sur moi-même, c’était pratiquement comme s’il était en train de m’expliquer ce qui clochait dans ma vie. Eveillé d’un tout nouvel intérêt pour cette discussion, je lui demandais :
- C’est un peu pessimiste tout de même, il n’y a donc aucun moyen pour qu’il soit heureux finalement ?
- Si je pense, car c’est quelqu’un pour qui c’est très important, voire plus important à ses yeux que pour quiconque, il n’y a pas tant de gens qui recherchent le bonheur avec autant d’acharnement que lui. Mais pour qu’il y parvienne, il faudrait déjà qu’il change sa manière de le chercher. Je l’ai revu il y a un mois environ et il continue de répéter le même schéma qu’avec moi, il sort avec quelqu’un pendant deux ou trois semaines, et dès qu’il voit que l’autre commence à s’attacher, il s’enfuit de peur de s’engager et de passer alors à côté de quelque chose de mieux.
- Qu’est ce qu’il devrait faire alors, qu’il s’interroge sur ce qu’il recherche vraiment ?
- Non, ça il ne le trouvera jamais, finalement tu avais raison lorsque tu disait qu’il avait des goûts très larges, il a même des goûts trop larges et il voudrait tout avoir en même temps, une chose et son opposée à la fois.
- En effet ça me parait plutôt difficile.
- Non je pense qu’il faudrait qu’il parvienne à s’attarder sur le temps présent, qu’il apprécie ce qu’il a lieu au de songer à ce qui lu manque, tu vois, Fred c’est quelqu’un qui a tendance à voir constamment le verre à moitié vide.
- Mais tu disais qu’il a déjà du passer à côté de cet idéal, pourtant s’il partait, c’est bien qu’il y avait des choses chez ses partenaires qui ne lui convenaient pas.
- Oui mais comme je te le disais, Fred adore tout comme il le déteste, donc une fois qu’il a envie de partir il n’a aucune difficulté pour se persuader de trouver des défauts à quelqu’un et ce même si quinze jours avant il aurait pu te dire rechercher ces soi-disant défauts chez un homme.

Une silhouette connue nous interrompit, Jérôme était arrivé, je n’avais pas vu le temps passer. Une fois de succinctes présentations faites, Kevin libéra le siège. « Bon je vais vous laisser, peut être à une prochaine fois. Je te laisse ça, on ne sait jamais » ajouta-t-il en griffonnant son numéro sur l’addition. « Oui, à bientôt, c’était très sympa en tout cas » répondis-je en esquissant un demi-sourire.

Une fois assis, Jérôme me demanda qui était ce mec. Je réfléchis quelques secondes puis répondis « Oh rien qu’une lilloise qui tentait de me draguer, ça m’a passé le temps en attendant que tu arrives ». « Hum je vois, répondit il, les discussions du genre RG 512 est la marque phare pour cet automne-hiver. Ton téléphone ! »
Le numéro de Julien s’affichait sur mon mobile, j’appuyais sur la touche « raccrocher ». Puis je pris le papier sur lequel Kevin m’avait noté son numéro et le déchirait machinalement dans le cendrier.
« Alors cette fameuse et importante nouvelle ?» demandais-je à Jérôme.

commentaires

24/09/06 - 23:29

Tu veux ke je te raconte la suite ?

24/09/06 - 23:39

non merci, je la connais déjà

27/09/06 - 00:14

je pense pas souvent à passer mais je me marre presque toujours

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